mardi 20 octobre 2009

Hannibal à Vaux-le-Vicomte

Le château de Vaux-le-Vicomte est l'un des plus fameux de France, situé à 40 kilomètres au sud-est de Paris, sur la commune de Maincy (Seine-et-Marne). Vaux-le-Vicomte est LE château français du XVIIème siècle par excellence, creuset où les formes d'art les plus remarquables, servies par les meilleurs maîtres-d'œuvre du moment, se sont unies pour exceller, quelques années avant que Louis XIV ne s'empare de ce même état d'esprit pour son grand projet d'agrandissement du château de Versailles. C'est à Nicolas Fouquet (1615-1680), l'ambitieux surintendant des finances et ministre du roi Louis XIV, que l'on doit la réalisation de ce programme architectural. A Vaux-le-Vicomte l'aménagement par André Le Nôtre (1613-1700) des jardins a précédé la réalisation du château de l'architecte Louis Le Vau (1612-1670) : l'écrin avant la perle... Côté jardins, le château possède une majestueuse salle de réception de forme ovale surmontée d'une coupole. Son plafond, inachevé, porte seulement depuis 1840 un ciel d'où surgit l'aigle de Jupiter, souverain des dieux ; un autre décor était initialement prévu - Le Palais du Soleil du peintre Charles Le Brun (1619-1690) - mais la disgrâce de Nicolas Fouquet, survenue en 1661, met fin aux travaux de décorations encore inachevés. La salle ovale est ornée de quatre colonnes surmontées des bustes d'Octavie, soeur d'Auguste, de Britannicus et Octavie, les enfants de l'empereur Claude, et d'Hadrien ; nul doute que d'autres copies d'antiques devaient être destinées à compléter la décoration ; au XIXème siècle ont d'ailleurs été ajoutés en ce lieu les copies de bustes de douze personnalités romaines, essentiellement des empereurs, réalisées au XVIIème siècle.
La façade extérieure de la salle à coupole comporte un schéma architectural classique : un premier niveau de trois grandes baies quadrangulaires surmontées de tympans semi-circulaires, le tout fermé par des grilles métalliques ouvragées et encadré par des colonnes bosselées ; un entablement massif avec frise de triglyphes et métopes ornés d'écureuils - l'emblème de Nicolas Fouquet - ; une corniche ; un second niveau percé de trois fenêtres quadrangulaires, surmontées de tympans semi-circulaires ornés de bas-reliefs, le tout encadré de pilastres d'ordre ionique +sur lesquels s'appuient quatre statues féminines (la Force, la Vigilance, la Fidélité et une autre allégorie non identifiée) sculptées par Michel Anguier (1612-1686) ; un fronton triangulaire comportant un bas-relief représentant la Renommée, œuvre de Thibaut Poissant (1605-1668).
Au dessus de la baie centrale, les deux médaillons représentent, à gauche, Alexandre le Grand, (356-323 av. J.-C.) (pas de légende) et, à droite, Auguste (63 av. J-C.-14 ap. J.-C.) (Divus Augustus pater). Il s'agit des deux principaux souverains de l'antiquité, un Grec et un Romain, l'un premier empereur hellénistique et l'autre premier empereur romain. Ils symbolisent ce que la souveraineté a de plus prestigieux et constituent des références absolues pour les souverains de l'époque moderne, tels que Louis XIV, qui captent ces modèles au profit de leur propre gloire.
Au dessus de la baie de gauche, les deux médaillons représentent, à gauche, César (101-44 av. J.-C.) (Divi Iuli) et, à droite, Scipion (Scipio), qui doit être Scipion l'Africain (235-183 av. J.-C.) ou éventuellement son petit-fils adoptif, Scipion Emilien (185-129 av. J.-C.). Il s'agit là de l'exaltation de la grandeur romaine à travers deux de ses plus célèbres représentants, deux généraux qui ont étendu l'influence de Rome dans le bassin méditerranéen.
Au dessus de la baie de droite, les deux médaillons représentent, à gauche, la reine égyptienne Cléopâtre VII (vers 69-30 av. J.-C.) (Cleopatra) et, à droite, Hannibal (247-183 av. J.-C.) (Anibal). Il s'agit là plutôt de l'évocation de la grandeur "orientale" ; notons bien que Carthage est une ville occidentale et que son caractère oriental stricto sensu ne tient qu'à sa fondation par des Phéniciens. Ces deux personnalités charismatiques, la souveraine lagide et le général punique, représentent un Orient affaibli qui lutte cependant pour sa survie, s'affirmant au moins symboliquement comme égal à Rome.
Les médaillons des deux baies latérales semblent se répondent : à gauche, deux généraux romains et, à droite, deux incarnations du pouvoir "oriental". De même, ces médaillons sont liés deux à deux : César et Cléopâtre, connus pour leur confrontation politique qui mène au renforcement de la main-mise de Rome sur l’Égypte, [n'oublions pas aussi leur fils, surnommé Césarion] ; Scipion l'Africain et Hannibal, d'autre part, deux généraux confrontés lors de la deuxième guerre punique (218-202 av. J.-C.). Si l'on admet qu'il s'agit plutôt de Scipion Emilien, le rapport avec Carthage reste effectif puisque c'est ce général romain qui a vaincu Carthage et rasé la ville en 146 av. J.-C., à l'issue de la troisième guerre punique. On peut avancer également l'idée que ces médaillons illustrent le thème de la grandeur et de la décadence, une force qui s'accroît tandis qu'une autre décline : c'est aussi le reflet de la Vie, avec ses revers de fortune plus ou moins favorables.

dimanche 11 octobre 2009

Une drôle de madeleine...

Me revoici après un long mois de silence ; j'ai tenté d'écrire plusieurs fois durant cette période : un poème, un compte-rendu de lecture, un récit de visite de musée, ... Rien à faire cependant : je n'ai pu terminer aucun de ces textes. J'espère avoir un peu plus de force aujourd'hui. J'ai souvent entendu parler de la madeleine de Marcel Proust, ce souvenir gourmand de l'enfance qui l'accompagnait dans sa vie d'adulte. Pendant longtemps ce concept m'est resté étranger, n'étant pas en mesure de définir ce qui était équivalent en moi. Et puis... et puis le souvenir d'une rose éteinte a éclairci l'invisible ces derniers mois. C'est ce que l'on appelle le travail de deuil, avec ses moments troubles où s'entremêlent le bon et le moins bon.

Je songeais innocemment à ces stalagmites d'amour quand m'est revenu mon premier souvenir gourmand. Un gâteau que ma rose apportait quand elle venait me voir ; il m'a suffi de songer à ce gâteau, de penser aux circonstances, toujours identiques, qui ont conduit à sa dégustation pour me faire sombrer immédiatement dans un profond émoi, une passion mélancolique au goût amer puisqu'elle ne se conjugue plus désormais qu'au passé.

C'est encore à ma rose que je dois finalement le deuxième souvenir gourmand, celui d'une curieuse pâtisserie française qui ne se fait plus guère malgré son originalité et le succès qu'elle remportait aisément auprès des enfants : il s'agit d'un cochon. Ce gâteau est constitué d'un biscuit roulé garni de confiture et recouvert de pâte d'amande rose ; on rajoute une tête, des oreilles et la queue en pâte d'amande ainsi qu'un peu de chocolat pour les yeux et la bouche, éventuellement aussi les narines. C'est un gâteau très amusant à voir et à manger, très bon aussi.

L'ironie c'est que mes parents, pour faire plaisir à mes sœurs et moi-même, ont eu le plus grand mal à trouver une pâtisserie qui fabrique encore ce gâteau... et c'est chez un boulanger-pâtissier d'origine tunisienne qu'ils ont pu en acheter. Voilà alors je remercie beaucoup ce Tunisien d'avoir de ses mains rendu possible cette petite régression temporaire dans mon enfance, ce qui m'a permis également de penser à ma rose chérie que je cherche souvent parmi les étoiles.


P.S. Cette note est écrite à la lumière d'une bougie puisque le courant est en panne pour la seconde fois de la journée dans mon quartier !


lundi 7 septembre 2009

Zéphyr

Ô mon Zéphyr au parfum de violettes,
Tu parsèmes mon coeur de ces fruits ;
Je m'en délecte quand, sans nul bruit,
Tu t'éloignes de moi, mon Alouette...

Oiseau rebelle, tu picores mes vers
Et me condamne au corps à coeur ;
L'errance de nos deux âmes en peur
Nous emmène au diable Vauvert...

Quand nous serions heureux au pré
L'un auprès de l'autre, bien enlacés,
Toi mon Arbre... et moi ta Terre...

Toi mon Soleil et moi ton Univers.
N'attend pas la vérité des larmes
Pour t'imprégner de mes charmes.

lundi 31 août 2009

Apprendre l'Autre

Je songe souvent à ce que serait "l'humanité" si certains d'entre nous n'étaient pas capables d'aller plus que d'autres au devant de l'inconnu ou encore de la différence. Malgré les diverses sources de l'éthique, qui sont d'ailleurs parfois assez confuses à ce sujet, ces élans de l'âme et du cœur demeurent relativement rares par rapport à ce qu'ils devraient être.

Apprendre l'Autre n'est certainement pas simple et pas nécessairement spontané à la base. Certains l'apprennent, d'autres le ressentent instinctivement. Pour moi qui ai souvent été dans la jeunesse pointé du doigt comme le mouton noir et contraint à certaines formes d'exclusion, je ne saurais dire s'il s'agissait d'un apprentissage ou d'un instinct mais il y avait sans doute des deux. En effet, c'est peut-être parce que l'on ressent différemment l'Autre que l'on en arrive parfois à différer de la masse et se retrouver comme l'os surnuméraire du squelette communautaire.

Être marqué du sceau de la différence depuis toujours, être cet éternel Autre même pour les siens, contribue également à méditer précocement sur quelques-uns des maux de l'(in)humanité. Ouvrir la bouche ou déplacer une main avec la crainte d'avoir déjà offensé bien des gens est un apprentissage qu'on ne souhaite à personne mais qui éclaire bien de ces malheureuses consciences à qui l'on n'a pas laissé le choix face aux certitudes qui assiègent leurs contemporains.

Quoi que l'on fasse et dise, une force mystérieuse nous confine au tragique vertige de l'incompréhension perpétuelle. Si l'on n'en ressort pas aigri et agressif - un loup enragé par les autres loups - on peut au contraire s'en tirer pétri d'amour et de diverses qualités qui sont avant tout nos boucliers.

Le calme et le silence... pour ne pas se faire remarquer plus qu'on ne l'a déjà été. La réserve par rapport aux discussions... donner trop explicitement son avis pourrait nous valoir des réactions désagréables. Que nous reste-t-il alors ? Un monde en grande partie intériorisé, un univers où l'imaginaire a sa place tout autant que la lucidité née des épreuves. On se parle à soi-même à défaut de pouvoir forcément parler aux autres ; on compose des discours que l'on se récite, arguments à l'appui, sur les sujets dont on ne débattra jamais en public. On sort parfois timidement et inconsciemment de cette réserve pour le regretter presque aussitôt !

L'observation est un autre élément significatif... l'air amorphe de l'asocial notoire ne doit pas faire penser, comme il arrive, qu'il présente des déficiences mentales. Au contraire, il est souvent observateur et assailli d'informations sensorielles, émotif à souhait, résistant parfois difficilement aux réactions hostiles. Anxieux, il se réfugie dans la solitude et finit par croire qu'il l'a lui-même choisie.

La culpabilité... cet éternel Autre se montre soucieux de l'attention qu'on lui porte ; il apprend à gérer les réactions désagréables mais en est atteint. Il culpabilise au moindre problème, qu'il s'agisse d'un éclat de voix ou d'un silence qui se prolonge. Il préfèrera ne pas contrarier les gens qu'il aime plutôt que d'exercer la liberté dont les autres usent et abusent spontanément.

Il en arrivera même parfois à des gestes maladroits qui s'ajoutent à d'autres gestes guidés par le manque de confiance, ce dernier étant proportionnel à l'intérêt qu'on lui porte. Il se livrera ainsi spontanément à de quasi-inconnus, pensant trouver en eux la confiance et l'ouverture d'esprit dont il a besoin. Parfois son choix risqué s'avère couronné de succès ; souvent il se prend une magistrale claque dans la figure et celui qu'il regardait comme l'Espoir s'évanouit dans la masse inhumaine qui ne l'étonne plus.

*****

Je crois que je lui ai dit des choses qui lui ont déplu... je pense qu'il ne me parlera plus jamais. Je peux déjà le dire au regard des expériences passées. J'étais pourtant sincère, évoquant ce que je suis et qui n'a rien de déshonorant, sans me sentir meilleur ou pire qu'un autre. Être différent de toi sur certains points, n'est-ce pas cela au fond qui rapprochent les personnes entre elles ?! N'a-t-on pas assez d'occasions de se rassurer de l'existence de "communautés" de pensée pour craindre un regard distinct et si isolé ?! Doit-on passer sa vie à consolider ses idées ou les remettre systématiquement en cause au contact d'autrui ?!

Fais ce que tu veux... mais sache que tu me tues, que tu me flétris un peu plus encore par ces mots que tu retiens. "Si tu diffères de moi, mon Frère, loin de me léser, tu m'enrichis !" disait Antoine de Saint-Exupéry... Si nous ne sommes pas deux jumeaux, c'est heureux, tu sais ! Ceux qui passent leur vie à se chercher simplement dans un miroir complaisant n'atteignent pas les cimes qui leurs sont promises. Je crois bien que j'ai besoin de toi, de ton regard, de tout ce que tu es et que je ne suis pas. Je préfère l'addition des différences que la conjonction des conformismes ; je préfère unir ce qui ne l'est pas plutôt que de réunir ce qui l'est déjà ; je préfère le danger des mots frêles que j'esquisse à la sécurité des discours complaisants. Ce qui te fait manifestement peur en moi, c'est ce qui me rassure en toi.

Partageons sans crainte...

lundi 24 août 2009

"Des larmes et des saints"

Cela fait longtemps qu'aucun poème n'a passé le seuil de mon âme ; les mois passés ont été peu propices en terme de concentration ; quant à mes sources d'inspiration certaines se sont faites timides tandis que d'autres se sont faites sables émouvants mais fugitifs. Pourtant le flot de ces mots qui chantent me manque, c'est une certitude. Essayons de voir s'il est possible d'y remédier !

À nouveau des larmes et des saints obscurs, -
Laissant songeuse même la Vierge de Tibur
-,
Une fois encore leurs charmes évanescents

Vont m'élire du Lendemain l'éternel Enfant
,

Celui qui ressent ce qu'il ne sait et ne saura
,
Quand son âme revêt l'ombre du
Sahara,
Père inconnu devenu pour lui si familier !

Le vertige de vos absences me fait plier


Telle feuille de papier délicate et fragile
Aux mots maudits, ce poison des anges

Qui ronge mon sang en vaines louanges
.

Le don de soi n'est plus, privé d'audace,
Et les instants merveilleux trépassent ;
Il ne reste que toi, Souffle de feu gracile !