jeudi 13 août 2009

La vie difficile d'un trésor national

La Joconde est sans conteste le plus célèbre tableau du monde. C'est une huile sur bois réalisée de 1503 à 1506 par Léonard de Vinci (1452-1519) ; elle représente selon toute vraisemblance la florentine Lisa Maria Gherardini, épouse de Francesco di Bartolomeo del Giocondo. Le tableau n'est jamais livré au couple et Léonard de Vinci l'emmène finalement avec lui à Amboise, où il est l'hôte du roi François I. C'est ce dernier qui achètera finalement l'œuvre après le décès de l'artiste.

Pour devenir une célébrité de la peinture, il faut être né sous une bonne étoile, celle du génie Léonard en l'occurrence. Il faut aussi se construire une légende ; les légendes autour de la conception du tableau ne manquent pas, notamment les discussions sur l'identité de la personne représentée, certains allant même jusqu'à dire que ce serait un portrait travesti de Léonard ! Il y a aussi ces rois de France, devenus références absolues pour toutes les monarchies, qui exhibent le tableau du maître toscan avec la plus grande des fiertés d'abord à Fontainebleau puis à Paris et Versailles. A l'inverse, elle a été soustraite quatre années durant par Napoléon I au musée du Louvre pour décorer la chambre à coucher de son épouse, l'impératrice Joséphine, au palais des Tuileries. Deux reines de beauté réunies...

Pour être un phare culturel, il faut avoir une aura internationale ; l'œuvre d'un Italien conservée dans un musée français - Le Louvre - où toute la terre se presse pour la dévisager. De son côté, la Joconde a peu voyagé à l'étranger ; elle fut cependant accueillie comme une reine aux Etats-Unis, en 1963, le président Kennedy venant lui rendre les honneurs. Elle a aussi visité la Russie et le Japon en 1974. Pourquoi voyagerait-elle ? On se retrouve à Paris, chez elle, pour l'admirer.

Pour être l'étoile de la peinture, il faut encore avoir un destin tragique ; il faut souffrir. Madame Lisa a été volée au Louvre en 1911 ; Guillaume Apollinaire ou encore Pablo Picasso ont été soupçonnés tandis que l'écrivain Gabriele D'Annunzio s'est personnellement accusé du délit. En réalité, elle a passé deux ans et demi sous le lit de son obscur voleur, un Italien résidant à Paris. En 1940, La Joconde est en fuite à mesure de l'avancée des militaires nazis en territoire français ; elle mène une singulière vie de château à Amboise, ville où elle avait séjourné avec son vieux maître Léonard, puis à l'abbaye de Loc-Dieu, dans l'Aveyron, et enfin au Musée Ingres à Montauban ; elle a là encore patienté sagement sous un lit, celui du conservateur du Louvre.

Comme toutes les icônes, beaucoup rêvent de la profaner. Ces transgressions sont le plus souvent symboliques, telles la copie de la Joconde par Salvador Dali avec des moustaches ou encore celle de Marcel Duchamp intitulée L.H.O.O.Q ("elle a chaud au cul"). De la Joconde obèse de Botero à l'étrange version de Magritte - un bout de ciel nuageux - en passant par la Joconde "billet de banque" de Jean-Michel Basquiat, tout lui aura été fait, sans parler de la Joconde blonde ou de celle qui possède une tête de cheval ou de singe, celle qui fume un joint ou porte une arme ! Les artistes se sont donnés le mot pour profaner ce symbole fascinant, source d'inspiration universelle dans l'Art mais aussi synonyme d'une forme de conformisme qui s'oppose à la pluralité de la création artistique. Sans doute aussi le sujet du tableau a son importance ; une femme belle, sereine, mystérieuse... une bourgeoise florentine au trait de madone. Pas étonnant alors que cette image virginale, cette éclatante pureté, soit par défi l'objet de tant de provocations.

Parfois le geste se joint à la pensée. En 1956, un visiteur a aspergé la Joconde d'acide et un autre lui a envoyé une pierre en pleine face. Enfin hier, le 12 août 2009, restera celui où une touriste russe a lancé une tasse de café, achetée juste avant à la boutique du Louvre, sur l'illustre tableau. Fort heureusement, Madame Lisa dispose depuis longtemps déjà d'une vitre blindée pour parer à ces comportements excessifs ; la tasse a rebondi sur la vitre et ce n'est déjà plus qu'un mauvais souvenir pour celle qui en a vu bien d'autres ! La vandale russe risque en revanche de sérieux ennuis à moins de démontrer que son cas relève du fameux syndrome de Stendhal (ou syndrome de Florence), un choc émotionnel et physiologique dû à une émotion excessive face à l'œuvre et qui peut entraîner l'envie de la détruire.

L'histoire ne dit pas comment Mona Lisa a réagi en voyant arriver sur elle cette tasse de café ! A-t-elle eu l'air méprisante, déçue, béate, dégoûtée, effrayée, joyeuse, surprise ou bien agressive ? Vous le saurez en cliquant ci-dessous sur les yeux de la belle...

La Joconde Interactive - Mona Lips-synch - Exposition Images � Paris - Cité des Sciences, France

mardi 4 août 2009

Que feriez-vous en cas de souci à un passage à niveau ?

Le train demeure un des moyens les plus sûrs et confortables pour voyager. Il arrive cependant que des imprévus perturbent le bon déroulement de ces déplacements, qu'il s'agisse d'incidents techniques liés aux trains et infrastructures ferroviaires ou encore d'accidents impliquant d'autres usagers de la route.
Le récent accident de Fondouk Jedid, le 31 juillet 2009, vient nous rappeler combien les passages à niveau sont des points vulnérables en terme de sécurité.

Il faut rappeler que le train possède la priorité absolue sur tous les autres usagers. En effet, le train ne peut pas s'arrêter aussi rapidement que les autres usagers. Pour une vitesse commerciale de 130 kilomètres par heure, un train parcourt 2,166 kilomètres par minute et 36,11 mètres par seconde. Le temps de freinage est très variable d'un train à un autre puisqu'il dépend de plusieurs facteurs : coefficient de décélération, temps de réaction du frein, déclivité, adhérence, masse freinée, ... Il faut une distance comprise entre 500 mètres et un kilomètre environ pour qu'un train roulant à une vitesse de 130 kilomètres par heure s'arrête. Si le conducteur d'un train constate de visu la présence d'un obstacle sur la voie, il ne peut donc pas l'éviter ; si l'obstacle est à faible distance, le conducteur n'a parfois même pas le temps de commencer à freiner avant de le percuter.

La seule solution pour éviter ce genre d'accident réside donc en quelques mots.

D'abord la
prudence. En France, les statistiques montrent que plus de 98% des 1200 accidents annuels aux passages à niveau sont dus à l'imprudence des usagers (piétons ou individus motorisés) traversant les voies. Sur ces 1200 incidents annuels, on comptabilise en moyenne une centaine de collisions entre un train et d'autres usagers. Une collision sur deux provoque la mort, en général parmi les usagers ayant traversés les voies avec imprudence., négligeant tout particulièrement la signalisation On note enfin que les accidentés sont souvent familiers des lieux, d'où un certain relâchement de la vigilance et une vitesse d'approche souvent inappropriée. Ce constat global montre d'ailleurs que, même avec un haut niveau technologique sécurisant les passages à niveaux, comme c'est le cas en France, les accidents restent difficiles à éviter si les usagers ne prennent pas mieux leurs responsabilités.

Ensuite la
réactivité. Que l'usager ait commis ou non une imprudence, il se doit de réagir rapidement en cas de stationnement prolongé sur les voies. Cela vaut aussi pour toute personne témoin de ces difficultés et qui a évidemment le devoir de réagir. Il est important d'évacuer le plus rapidement possible les voies ferrées sous peine de risquer sa vie. Il convient ensuite de prévenir immédiatement la société de transport ferroviaire ou, à défaut, les autorités de secours (police, gendarmerie/garde nationale, pompiers, ...) de la présence d'un obstacle sur les voies. Il n'y a en général que quelques minutes pour essayer d'éviter les accidents, d'où la nécessité de le faire dans les plus brefs délais. Le 3 juillet 2009, une collision a eu lieu en France, dans le département de la Haute-Vienne, entre un train Corail Paris-Cahors et une remorque agricole tombée accidentellement sur la voie. L'agriculteur appelle la gendarmerie à 20h40. La gendarmerie alerte la SNCF à 20h41. De son côté, la SNCF ne semble pas avoir pu informer le conducteur à temps pour qu'il s'arrête. La collision se produit vers 20h45, soit cinq minutes seulement après l'alerte. Dans tous les cas, chaque minute et même chaque seconde compte en de telles circonstances. Chacun doit donc être en mesure de réagir avec efficacité.

Voici un site à visiter pour s'informer et tester ses réactions personnelles en cas de difficultés à un passage à niveau : http://www.securitepassageaniveau.fr/index.php.

Dans le cas de l'accident de Fondouk Jedid, il est inquiétant de constater que la SNCFT communique peu. Aucun message sur son site internet notamment... si bien que l'on peut s'interroger ensuite sur sa capacité à remettre en cause les procédures d'alertes. Faire une large publicité aux épreuves rencontrées impose en effet logiquement de se remettre efficacement en question, dans l'intérêt de tous. Espérons que ce soit le cas malgré tout. Les routes tunisiennes étant particulièrement meurtrières, on peut attendre du train qu'il garantisse un niveau de sécurité exemplaire et conforme au slogan de la SNCFT.

jeudi 30 juillet 2009

Je me suis ennivré de ton innocence

La semaine s'achève presque déjà sans que ce blog ait été alimenté comme il se doit. Je n'ai pas eu une minute à moi ces derniers jours et ce sera ainsi sans doute durant tout ce qu'il reste de l'été, si l'on peut encore parler d'été à Paris... juillet aura été particulièrement gris, frais et pluvieux.

Dans cet environnement morne, je remuais dans mon esprit diverses questions qui sont actuellement au cœur de mes préoccupations. Le temps est toujours un puissant levier qui agit sur nos humeurs... il se trouve que, soumis à un certain nombre de difficultés passagères, la couleur du ciel fait ton sur ton avec mon âme.

Enfin j'ai reçu ce matin un petit mail inattendu. C'est lui... il me demande comment je vais. Mes yeux s'allument alors que je viens à peine de me lever. Il a écrit ce message en pleine nuit... je l'imagine un peu solitaire. Je lui réponds... je commence à lui écrire un roman, comme d'habitude puis je me ravise car je souhaite lui téléphoner. A quoi bon lui écrire en détail ce que je lui dirai bientôt au téléphone ? Je coupe donc ce message et l'envoie. La réponse ne tarde pas... ses encouragements viennent me conforter. Il me taquine et me provoque ; il me dit que c'est le message le plus court qu'il ait jamais reçu de moi !

Je ferme les yeux et je pense à lui... qu'il est doux... qu'il est bon ! Pourquoi n'est-on pas réuni à cette heure, en ce jour ? Pourquoi devons nous nous sourire au lointain ? Certes je suis heureux de te lire, certes je connais bien ce vertige de la distance qui nous sépare... mais je ne me sens pas aujourd'hui l'envie de m'en contenter. Pourtant il le faut !

Il y a peu j'ai cru te voir près de moi... mes hallucinations reprennent ! Je vois ceux qui me manquent... au loin ta silhouette ou ton visage... je regarde bien... mon cœur trépide... je regarde mieux... c'est une erreur ! Esprit cruel qui me berce d'illusions vaines ! J'ai dévisagé ton double pendant une heure dans le train, apprenant au passage, en tendant l'oreille, qu'il était de Zarzis... cela ne m'a étonné qu'à moitié ! Il est sûr en tout cas que c'est toi que je voyais en lui.

J'ai relu d'anciennes lettres que nous avions échangées il y a bien longtemps déjà ; je me suis ennivré de ton innocence, de ta douceur. J'ai laissé tes mots me caresser à nouveau avec émotion. J'ai considéré combien tu étais resté fidèle à toi-même depuis ce temps, combien tu étais conforme à cette image charmante qui émane si justement de toi. J'ai songé à ma chance. de te connaître.. j'ai pensé aussi à la distance qui nous sépare et aux sacrifices qui en découlent.

J'ai laissé un frère à Tunis.

Je t'aime.


mercredi 22 juillet 2009

Le Tunisien est taquin

J'ai découvert cet aimable poisson rouge au sourire carnassier scotché dans mon dos ce midi. Mon collègue tunisien a eu la bonté de me donner une tape "amicale" dans le dos et en a profité pour accomplir son vil forfait.

Résultat : je suis sorti du boulot avec ce poisson dans le dos et l'ai gardé sans le savoir trois quarts d'heure. Quarante-cinq longues minutes pendant lesquelles j'ai dû être la source d'amusement pour ceux qui m'ont croisé un peu partout... Heureusement j'ai mangé à la cantine le dos contre le mur ! Je ne sais quel miracle m'y a poussé mais en tout cas c'est heureux. Bon enfin je me fais peut-être des idées... les gens qui mangent à la cantine et tous les autres dehors, tous ces citadins blasés de tout, ont souvent la vue basse, négligente, fuyante, ... je peux donc espérer que ce poisson bien visible pourtant n'ait pas attiré trop l'attention.

Autant dire aussi que je rumine ma vengeance... Ce ne sera pas simple car le Tunisien est aussi taquin que malin ; je risque donc de ne pas pouvoir à mon tour lui coller un poisson dans le dos. Il va évidemment beaucoup se méfier. Je dois donc trouver autre chose...

lundi 13 juillet 2009

Une Celtia au goût amer...

J'avais oublié l'espace d'un instant la peur de te perdre... Le ciel tunisien me redonnait des forces, développant ma joie de te revoir bientôt, une joie cependant pétrie d'angoisse, il est vrai. Ma sérénité s'accordait avec la contemplation de ces grands espaces aux teints pastels, ; elle convenait à merveille au dialogue intime que j'ai toujours su mener avec les pierres aux veines marbrées ou encore les arbres vénérables qui s'élèvent vers nos rêves, autant de reflets fertiles dans le ciel.

Puis vint l'annonce, brutale, dans cette beauté à demi-déserte, profanée par le nom de ton départ. Puis vinrent mes larmes au milieu de la nuit ; personne ne les voyait mes larmes... personne n'a passé sa main sur mon épaule. Des bras accueillants pour m'étreindre il y en avait, certes, mais à Tunis... et encore n'auraient-ils pas compris l'étendue de mon désarroi, à 1500 kilomètres de toi, l'espoir brisé dans cet écrin trompeur.

Une Celtia au goût amer... je l'ai bue en ta mémoire, pour ces dix ans passés à apprendre de toi. Tu m'apprenais en vérité à apprendre sans toi ; ce sera désormais le cas, une éventualité qui ne s'était jamais offerte à ma conscience jusqu'à présent.

Puissent les hommes, pressés et négligents, accorder malgré tout un pan de leur mémoire à ceux qui les ont fait grandir !