dimanche 1 juin 2014

Paradis éloigné


Admirer encore cela, retrouver cet instant de grâce...
Monde idéal où tout et chacun semblent à leur place...
Les charmes du temps qui passe sans en avoir l'air
Et le souffle du vent passé qui fait trembler ma chair.

Ici-bas pas d'ultra-rapide et non plus d'hyper-virtuel...
En ces lieux ni plus ni moins qu'une beauté au naturel
Qui se déguste au calme et qui simplement se garde
Sans que les ombres d'un voile inutile ne la fardent.

À la nature heureuse s'unissent des pierres vénérables.
N'est-ce pas le tableau idéal pour dépeindre une fable ?
À moi cette plume d'oie déposée sur un lit de verdure :

J'en ferai usage pour récolter ce que mon âme pure
Et mon cœur bouleversé m'accorderont comme fruits
Et miel de ce paradis éloigné duquel je me languis...

lundi 7 avril 2014

Orient Express

L'Orient Express est un monument et il s'expose actuellement à l'Institut du monde arabe à Paris, à la fois dans les espaces d'exposition et sur le parvis avec une motrice et trois wagons.

Chaque matin où je le vois, je vis un rêve éveillé en le regardant et je suis tenté de m'attarder longuement pour lui faire dire quels sont ses secrets et pourquoi il est devenu un mythe comme le Concorde était celui de l'aviation.

Imaginer un moyen de transport qui met des jours à parvenir à son but... où l'on est presque coupé du monde extérieur sinon par les journaux ou des lettres embarqués lors des arrêts techniques... un monde sans wifi, sans portable, sans console ni lecteur DVD ou MP3... Un temps où le temps était maître, où le temps était poésie interminable berçant l'imaginaire du voyageur en attente d'une étape ou du terminus dans cette vieille Europe colorée et plurielle. Un temps où voyager voulait encore dire quelque chose... vapeur et charbon... effluves des parfums des dames... cris des vendeurs sur le quai... et puis la Corne d'Or au pied de la gare de Sirkeci.





dimanche 8 décembre 2013

Ton ombre... encore...

Quand tu ressurgis des ténèbres, je suis toujours vaincu... Qui es-tu pour me troubler ainsi ? Qu'as-tu fait que je n'ai point vu et qui me rend si songeur ? Tu es tel un voyageur en retard qui n'en finit pas de regarder sur le quai son train qui s'éloigne... J'étais là... je dévorais du regard ton visage à la structure rassurante... les voluptés de ta bouche étaient déjà gravées sur mes lèvres... ton âme commençait à m'envelopper et la mienne te désirait ardemment... et puis tu as laissé partir le train sans toi...

Et si le train s'arrêtait au bout du quai pour te permettre de le rattraper... ? Sais-tu seulement que ce train est encore à portée de mains pour toi ? Non... sans doute en as-tu fait ton deuil, ignorant quels sentiments tu as froissé en moi et inconscient de cette tendance à privilégier ce qui t'éloigne des autres... de l'Autre... ce qui t'a éloigné de moi...

Et pourtant le train est toujours là qui t'attend, à peu de distance, enveloppé d'une brume qui le masque.

Peut-être seras-tu au rendez-vous cette fois ? ou pas... ? Je suis curieux en tout cas de connaître la suite de cette curieuse histoire de deux êtres qui ne se trouvent jamais ensemble au bon moment.

dimanche 24 novembre 2013

Victor Young Perez

J'ai vu hier le film de Jacques Ouaniche, sorti le 20 novembre 2013, consacré à Victor "Young" Perez.



Ce film est une évocation de la vie du boxeur tunisien Victor "Young" Perez, né à Tunis le 18 octobre 1911 et assassiné par les Nazis à Gliwicze, en Pologne, le 22 janvier 1945.

En octobre 1931, il devient à Paris le plus jeune champion du monde de boxe dans la catégorie "poids mouches". Alternant ensuite succès ou échecs, sa carrière durera une petite décennie.

Il est arrêté à Paris en juin 1943 en raison de sa confession juive, interné au camp de Drancy puis déporté en octobre 1943 au camp de concentration d'Auschwitz III Monowitz-Buna, au sud de la Pologne ; son bras est alors gravé d'une marque indélébile : Victor devient le numéro de matricule 157178. Malgré ses mauvaises conditions de détention, il réussit à survivre et même à s'imposer lors d'un combat de boxe forcé, organisé par le commandant du camp, contre un boxeur allemand de poids lourd pour démontrer la supériorité de la "race aryenne" sur les juifs.

Le 18 janvier 1945, face à l'arrivée imminente des troupes soviétiques à Auschwitz, les autorités du complexe concentrationnaire décident son évacuation, marquant le début du transfert des déportés rescapés vers l'Allemagne, une "marche de la mort" au cours de laquelle beaucoup décèdent dont Victor, épuisé, qui est exécuté par balles à Gliwicze après quatre jours de marche. L'Armée rouge entre à Gliwicze le 24 janvier, quarante-huit heures plus tard.

Sur les mille déportés partis le 7 octobre 1943 de Drancy dans le soixantième convoi ferroviaire organisé en France pour la déportation vers les camps nazis, trente-et-un étaient encore en vie lors de la chute du régime nazi, quelques mois après le décès tragique de Victor. Le nom de Victor "Young" Perez est inscrit sur le monument aux morts en déportation érigé au cimetière juif du Borgel à Tunis.

Tragique destin que celui de ce jeune homme, né en Tunisie, devenu champion en France et mort en Pologne à l'âge de 33 ans. Il nous rappelle que des juifs du Maghreb ont aussi été victimes des Nazis et de leurs complices. Il témoigne par sa souffrance d'une époque innommable et de crimes inédits par leur ampleur, des crimes contre l'humanité puisque, sans doute, il n'y eut pas plus cosmopolite que ces camps nazis où l'on trouvait aussi bien des sommités intellectuelles que d'humbles gens, des artistes et des sportifs, des jeunes et leurs aïeux, des juifs mais aussi des tziganes, des résistants ou encore des homosexuels, autant d'êtres venus de toute l'Europe et même au-delà, comme Victor.

Le sourire d'une photo jaunie est celui d'un mort pour qui nous ne pouvons rien sinon une pensée émue. Veillons au moins sur les vivants, qui ont besoin de nous, de notre mémoire, de notre tolérance et de notre intelligence pour lutter contre tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une atteinte à la dignité humaine.



Portrait dédicacé du boxeur Victor Young Perez
(Collections Musée national du Sport, Paris).

dimanche 4 août 2013

Généalogie

Pendant qu'il ne se passe rien en Tunisie - c'est le gouvernement tunisien qui le dit... et aussi mon ami F*** qui est très (trop) gentil pour voir le mal - continuons à mener une vie d'insouciance...


Ce texte aurait pu s'appeler le "repli identitaire" mais au risque d'être mal interprété. Ceci dit quand certains se replient négativement sur leurs origines, supposées ou réelles, et qu'ils se réfugient par exemple dans des grottes protégées par des champs de mines, d'autres cultivent une conscience positive de leurs origines, à travers des recherches ou encore des transferts de connaissances.

En ce moment, je me passionne pour la généalogie qui me permet plusieurs choses. La première est incontestablement de remonter une sorte de chaîne humaine dont le premier maillon, après moi, est mon cher et défunt père ; c'est une façon de l'avoir encore tout contre moi dans mes bras. Il s'agit ensuite de mieux comprendre qui je suis et d'où je viens. Si les générations récentes se sont en effet pas mal déplacées, mes origines semblent plus précises et localisées aux XIXe et XVIIIe siècles... mais il s'agit là de premières impressions, ces recherches étant relativement longues et progressant avec autant de patience que de prudence pour ne pas se laisser emmener vers de fausses pistes.

Au delà des noms ajoutés sur un arbre généalogique, tout l'intérêt réside dans ces petits détails qui peuvent éclairer la vie de nos ancêtres : leur métier, leur niveau d'instruction, le cercle de leurs relations, ...

À ceux qui pensent qu'au fond ce type de recherche consiste plus ou moins en un repli sur soi, assez proche finalement de la philosophie des extrémistes cavernicoles, je dirai qu'il y a de cela en ce sens que cette quête procure une sorte de confort de l'âme, une forme de sentiment d'enveloppement et d'appartenance à quelque chose qui nous dépasse et nous apporte en quelque sorte une force symbolique. Certains en font mauvais usage, il est vrai... il ne tient cependant qu'à nous de ne pas en rester à ce stade primaire de l'appropriation de la conscience du passé.

La comparaison doit en effet s'arrêter là car, la généalogie ne consiste pas seulement à regarder vers le passé et à se regarder soi-même à travers l'image que l'on parvient à concevoir du passé, en fonction de son propre vécu ; il s'agit aussi de s'ouvrir aux autres et à d'autres réalités... prendre en considération des réalités parfois peu flatteuses, comme la modestie de ses origines, intégrer la dureté de la vie passée et en tirer une image relativisée de nos propres difficultés, suivre les branches cousines de notre arbre et revenir vers notre époque, vers des gens qui vivent plus ou moins proches de nous, nos cousins ignorés, et qui ont suivi des destins parfois fort différents du nôtre, apprendre à connaître et à apprécier leur altérité...

Le principal intérêt et enseignement d'une démarche de type historique est de nous apprendre qu'à côté d'éléments qui semblent plus ou moins intangibles, le temps qui se déroule est systématiquement et naturellement porteur de changements, et que les évolutions actuelles ne font que succéder à d'autres plus anciennes. À nous d'en prendre connaissance, de se les approprier et de les maîtriser au mieux, sans oublier qu'on ne peut aller contre l'idée même d'évolution qui dépasse de très loin nos simples êtres.