lundi 28 décembre 2009

Je ne regarderai plus la mer comme avant...

Je ne regarderai plus la mer comme avant...

Un de mes ancêtres s'y est noyé il y a deux cents ans. Cela paraît anodin sans doute, lointain également, mais c'est comme si la mer était entrée d'un coup dans ma famille, témoin des derniers instants d'une infime partie de moi. Cela me rappelle également, une fois de plus, ton ombre, mon cher Alexis, car cela fait quinze ans déjà que mes larmes amères me rongent le visage chaque fois que je songe à toi et aux vagues assassines qui t'ont noyé quand j'attendais de te retrouver comme un Soleil, l'icône de mes quinze ans. Repose encore et encore en paix, mon Doux !

Je ne regarderai plus la mer comme avant...

Elle me rappelle le va-et-vient de l'amour avec ses vagues parfois tendres et parfois tranchantes... elle me rappelle l'amertume de ces rencontres toutes ressemblantes, de ces tornades qui prétendent nous emporter avec elles mais qui nous laissent en vérité le cœur brisé, étendus sur la grève pendant qu'elles s'enfuient. Pourquoi ces promesses vaines, ces mots euphoriques qu'un indécent mépris préfère distiller plutôt qu'une sagesse rude mais honnête ? Le sel nous ronge comme une maladie où les rechutes seraient infinies. Je ne serais pas fier si j'étais l'une de ces tornades qui ne connaît pas la valeur des mots et de la parole donnée. Contempler ce désastre, perdre son regard dans l'infini de cette mer grise me semble des plus pénibles. Où est la mer bleue qui me manque ? Une mer qui serait calme et qui ne connaîtrait pas la marée descendante, filant entre mes mains fatiguées des caresses prodiguées en vain. Il ne me reste qu'à me blottir dans ce qu'il subsiste de la grand-voile, insigne déchu des courses d'antan où j'avais l'espoir de reconnaître des terres véritablement préservées des maux de notre temps. Mon navire sans voile erre dans cet archipel de la Désolation et chaque île dont je me rapproche n'est que le souvenir d'un paradis qui s'est laissé mourir de honte et de corruption. Si je chavire, mes mânes iront rejoindre celle de mon aïeul... et celles d'Alexis. Lui au moins n'a pas eu le temps de me trahir.

dimanche 20 décembre 2009

Poème improvisé

Ô noble descendant du prince Cyrus,

En ces instants doux je me prélasse

À l'écho étourdissant de tes grâces

Qui sonnent en mon âme l'angélus.


Ton ombre est ma seule lumière

En ces heures à demi-sombres

Où de la vie j'égrène les décombres ;

Rêvant d'un demain libéré d'hier,


Je songe à ton arbre à boussoles,

Cèdre que j'aimerais, affectueux Éole,

Bercer du chant de mes soupirs


Et abreuver longtemps de l'élixir

De mon tendre et timide regard :

Bonheur simple mais grand art.


lundi 14 décembre 2009

Le canapé virtuel

Seul ce soir sur notre canapé virtuel,
Souvenir de nos caresses mutuelles,
Le chant mélancolique d'Amsterdam
Tonne plus que jamais en mon âme...

Et le feu sacré de mon étoile vacille
Pendant que le Temps et sa faucille
Sont en ta possession, ô mon Ombre.
La froideur m'envahit... Je sombre...

Mes draps vides de toi, mon Coeur,
Brûlent mon corps de cette douleur
Que la distance seule rend limpide.

Plus que jamais tu es ma Pyramide,
L'Être qui me manque à en pleurer ;
Reviens vite adoucir notre pêché !


mercredi 9 décembre 2009

"Prends l'oseille et tire-toi !"

C'est un drôle d'anniversaire... J'ai un chèque un peu froissé dans mon tiroir de bureau... un chèque de décembre 2003. Déjà six longues années... Voilà tout ce qu'il me reste d'un ami : une simple reconnaissance de dette, un chèque périmé, tout comme l'est notre amitié !

Un imbécile a dit que "l'argent ne fait pas le bonheur mais qu'il y contribue"... à l'évidence, il n'y a rien de plus faux. Exception faite des besoins élémentaires que nous sommes tous en droit de vouloir satisfaire, tout ce que nous pouvons désirer de plus relève dans l'absolu du superflu. Quand on naît pauvre, on apprend à le demeurer. Certains finissent par l'oublier mais leur réveil est douloureux : tout confort excessif est un danger. On voit bien des gens pleurer en permanence qu'ils aimeraient avoir ceci ou cela... on voit ces gens qui ne supportent pas les fluctuations de leur compte bancaire, qui perdent la mesure de la simplicité et qui ne peuvent plus se passer d'un train de vie conséquent. Ces éternels angoissés du portefeuille n'hésitent pas à solliciter l'aumône publique afin de préserver les apparences ou encore de gommer grâce à d'autres l'effet en dents de scie de leur progression sociale.

Que peut-on attendre de ces gens ? Une fois le chèque signé ou la liasse de billets retirée de la banque, leurs attentions se font moindres... La vérité : ils s'éloignent. L'argent est aussi sale qu'une maladie honteuse... surtout ne pas penser qu'on doit son salut à d'autres que soit ! Les nouvelles se font de plus en plus rares... parfois on obtient un "je ne t'oublie pas", qui sonne comme un "malheureusement je n'oublie pas que je te dois de l'argent". Le rapport s'est transformé : l'amitié a cédé la place à un rapport de culpabilité de la part de celui qui a capté l'argent de l'autre et qui ne veut ou peut le rendre. Quoi de mieux alors qu'oublier ceux qui ont rendu ce grand service et qui le concevait avant tout comme une marque suprême de leur amour ?

"Trop con, trop bon" disons-nous de nous-mêmes qui pouvons encore rire dans d'aussi sordides circonstances. J'ai plusieurs milliers d'euros qui sont ainsi en errance... et il semble qu'un même scénario doive se reproduire régulièrement. Le plus triste c'est que moi le généreux n'ait plus une seule pièce dans mon porte-monnaie, plus un seul euro sur mon compte bancaire. À qui vais-je demander de l'aide ? À ces amis qui ont pris l'oseille et se sont tirés ? À ces gens à qui je n'oserais même pas demander un centime ou un millime alors qu'ils ne s'en sont pas privés ? La seule chose qui me dérange en ces moments difficiles c'est de me dire que j'ai parfois perdu à la fois l'argent et l'amitié, c'est-à-dire à peu près tout, le matériel et le spirituel.

Il y a un garçon que je connais à peine et qui a proposé de m'aider ; j'ai préféré lui dire que j'essaierais de m'en sortir sans le solliciter. Là encore ce type de situation ne peut que troubler : un inconnu qui veut nous secourir quand les personnes que nous connaissons sont inaptes à le faire, ne songeraient même pas à apporter une aide morale.

Je voudrais quand même remercier celui qui a payé la moitié de mon sandwich lundi ; nous n'avons pas grand-chose mais avons heureusement gardé le sens du partage.