lundi 24 décembre 2007

Pensées solsticiales

Qui es-tu ? Tu ne me connais pas et moi pas plus que toi…. J’ai parcouru presque d’une seule traite l’ensemble des cinquante-six pages de textes que tu as écris depuis novembre 2005 sur ton skyblog ; et dire que certains méprisent indistinctement les skyblogs où il y a parfois du très bon ! Ces textes parlent de ta vie et c’est assurément une forme de thérapie pour toi. Ta démarche m’a touché, sans doute parce qu’au même âge que toi, j’ai ressenti ce même besoin de me comprendre, même si je l’ai fait pour ma part dans la plus grande discrétion. Tu n’avais pas vingt ans quand tu as commencé à écrire l’histoire de ta courte vie affreusement douloureuse… une fois commencé, je n’ai pas pu m’arrêter de te lire en dépit de toutes les larmes que j’avais aux yeux… j’ai voulu savoir si tu avais évolué en deux ans, si ce travail d’écriture était ponctué de signes d’espérance… je crois heureusement qu’une mystérieuse force de courage et d’espoir mêlés te rattache malgré tout à la vie. Vais-je t’écrire ? Je ne crois pas… je ne sais pas… Nos vies ne se ressemblent guère. Notre passé n’est pas le même et ma jeunesse complexe passerait presque pour une partie de plaisir à côté de ce que tu as vécu. Notre présent est également très différent ; paradoxalement l’environnement où tu te sens le plus vivant n’est certainement pas à même de t’apporter l’équilibre durable et le bonheur simple qui constituent ton idéal. C’est ce que j’ai compris depuis longtemps pour moi-même, partageant tes aspirations ; j’espère donc que l’ange aux ailes déchiquetées que tu incarnes saura le comprendre également.


Les voyageurs à destination de l’excursion « illuminés de Noël », à la croisée du jour et de la nuit, sont priés de monter en voiture… attention au départ… au programme : tournée extatique des illuminations de Noël installées par les gros beaufs de mon bled et des communes limitrophes. L’excursion a un but quasi scientifique, anthropologique et sociologique dirais-je, il s’agit de décrypter les mécanismes individuels et collectifs qui conduisent des individus vaguement doués d’intelligence à ordonner avec un mauvais goût certain une quantité astronomique d’objets hétéroclites électrifiés – guirlandes, traineaux, rennes, pères Noël, sapins, … –, le tout dégoulinant en interminables vomissures rouges, jaunes, vertes et bleus des murs, toits, balcons et jardins. Ambiance Vegas assurée… où est l’entrée du saloon, visage pâle ? Bienvenue dans cette resplendissante foire à neuneu, le royaume du mauvais goût, de l’accumulation et de la surenchère. Ton voisin pose vingt mètres de guirlande ; pas de souci, pose-en quarante et tu seras le roitelet de ta rue miteuse de profonde banlieue ; c’est toujours cela, je te le concède. Certains jardins ou balcons sont tellement encombrés qu’il semble difficile de pouvoir encore y poser les pieds… Certes on note un essoufflement très net de ces pratiques qui, après une croissance visible sur plusieurs années, ont de toute évidence connu leur apogée lors de l’hiver 2006-2007. On aimerait croire que le citoyen a pris conscience entre temps qu’éclairer de nuit la rue de couleurs criardes ne présentait pas grand intérêt et nuisait même à la préservation de l’environnement. Il est cependant plus probable que ce sont les factures d’électricité reçues l’an passé qui ont ramené certains à la raison. Je me demande aussi toujours comment certains ne font pas sauter l’électricité dans leurs quartiers vue la nature plus que douteuse de leurs installations. Si leurs ingénieux concepteurs pouvaient marcher sur les fils et s’électrocuter…


Je passe par hasard non loin d’une scène où se produit une vieille chanteuse pour enfants, souvent habillée dans la même tenue que ses très jeunes admiratrices qui auraient l’âge d’être ses petites-filles… depuis un certain temps elle fait surtout bander la « communauté gay »… vas savoir pourquoi… je ne suis pas assez « in » pour comprendre ce genre de subtilité mais je me vois mal en train de me trémousser frénétiquement à presque trente ans sur Felix le chat, Bécassine ou autre niaiserie du même acabit, encore que ce soit parfois plus dansant que la musique techno ou les tubes de Madonna. Je songe encore à cette femme plus toute jeune… elle refuse sans doute de grandir et/ou vieillir, tout comme son public plus tout jeune. Personnellement je ne refuse pas de grandir. Quant à vieillir, je pense que l’on en réduit les effets à travers le regard que portent sur nous ceux de nos proches qui sont plus jeunes que nous. Je pense par exemple à ce petit être qui aura trois ans la semaine prochaine et que je considère comme mon neveu, ou encore à H., de dix ans mon cadet, et sur qui je veille comme le ferait un frère. Votre regard suffit à me préserver du temps qui passe et on ne peut qu’aimer la vie et ne penser rien qu’à elle à vos côtés.


Je me couche, à moitié gelé. Je pense à toi, toi, toi, toi, … Je frissonne en réalisant que le compte-à-rebours est déjà entamé. Mon cœur me fait mal. Chaque jour m’éloigne un peu plus de vous et je ne vois pas d’issue heureuse à cela. Peut-être ai-je tort de m’angoisser ? Je crois surtout que je commence à percevoir tout le stress qu’il me faudra affronter prochainement. Il faudra que je prenne sur moi pour arranger les choses ; vous ne verrez rien en définitive sinon mon sourire, enfin j’espère. Mes larmes vous resteront certainement invisibles de même que ce sentiment de gâchis et d’inachevé qui m’obsède en ce moment. Je me sens nul parfois mais là cela dépasse les bornes de ce que je peux penser de moi dans ce domaine. Je sais bien pourtant que je ne peux pas tout, qu’une main n’applaudit pas sans l’autre… j’espère ne pas achever l’année ou commencer la suivante par une succession de petits drames.

lundi 17 décembre 2007

Un article édifiant pour l'histoire ferroviaire tunisienne...

Voici un extrait d’un article de J. Salin intitulé « Les chemins de fer en Tunisie » et publié dans le numéro 1522 de La Vie du rail, no 1522, du 21 décembre 1975 (p. XXXIII-XLIV) :

« Des projets d’une toute autre ampleur sont en outre étudiés et doivent être inscrits, en partie, dans le Ve plan en cours d’élaboration. Ils constituent un exemple exaltant et frappant de la confiance des dirigeants tunisiens dans la vitalité du rail et dans l’avenir de leur pays.

Fin 1972, les gouvernements libyen et tunisien s’étaient accordés pour étudier une liaison ferroviaire Tripoli-Gabès, terme de la voie métrique en Tunisie. La Libye était fermement décidée, pour sa part, à construire un réseau en voie normale. Plusieurs solutions se présentaient alors : prolonger la voie métrique au-delà de Gabès et établir une gare d’échange entre les deux écartements à la frontière à Ras Djir, pousser la voie normale jusqu’à Gabès, ou mieux, jusqu’à Sfax, centre ferroviaire économique et portuaire bien équipé, soit sur cinq cents kilomètres, c’est finalement ce troisième parti qui a été adopté.

En outre, la SNCFT, d’accord avec ses autorités de tutelle, compte tenu de données économiques et techniques, a été amenée à envisager la normalisation de la section Tunis-Sfax, soit trois cents kilomètres, qui aurait constitué une solution de continuité dans la grande liaison internationale à voie normale qui, à une échéance plus lointaine, reliera le Maroc, l’Algérie, la Tunisie à la Libye, à l’Egypte et à l’Asie Mineure.

Il y a quelques mois, un appel d’offres a été lancé pour la construction de la ligne à voie normale Sfax-Tripoli. Les caractéristiques prévues seraient celles d’une artère à grand trafic et à vitesse élevée : 200 km/h, avec vitesse commerciale de 160 km/h.

Suivant les prévisions, la liaison Sfax-Tripoli à voie normale serait achevée en 1980. La normalisation de Tunis-Sfax devant être entreprise suivant les possibilités de financement dans les années suivantes, pourrait être réalisée en 1985.

L’équipement de l’axe Tunis-Tripoli (800 km) avec engins de traction à grande puissance et des voitures modernes dotées du grand confort donnerait, au trafic voyageurs, un essor certain. (…) »

Trente-deux ans après cet article, rien des projets qui devaient manifestement se concrétiser dans un horizon d’une dizaine d’années n’a été réalisé…


La ligne Tunis-Gabès est toujours en voie le plus souvent unique et de surcroît sur voie métrique, c'est-à-dire à écartement d’un mètre quand l’écartement standard international est de 1,435 mètre. La compagnie Bône-Guelma, chargée de la construction de la ligne Tunis-Sfax, bien qu'elle ait eu l'habitude de construire les lignes ferroviaires tunisiennes du nord en voies à écartement standard a préféré la voie métrique sur ce parcours afin d'assurer la compatibilité avec le réseau ferré du sud tunisien, concédé à la Compagnie Française des Phosphates, et qui était en voie métrique. L’écartement standard présente l’intérêt de supporter des trains plus lourds et plus rapides. La standardisation facilite également la circulation sur les réseaux de divers États, ce qui est le cas dans l’optique d’une liaison à travers le Maghreb et vers le Machrek.

La ligne Gabès-Tripoli n’a évidemment pas été réalisée et ne semble plus être la priorité. On parle d'ailleurs plus maintenant d'une autoroute, longeant la côte libyenne de la Tunisie à l’Egypte, qui devrait voir le jour, financée par l’Italie. Le sacre de l’automobile est consommé...

L’électrification de cette ligne transfrontalière n’est pas évoquée directement dans l’article, même s’il est question de trafic à vitesse élevée : 160 km/h en vitesse commerciale. Aujourd’hui la vitesse moyenne des trains sur la ligne Tunis-Gabès (415 kilomètres) oscille entre 70 et 80 kilomètres/heure pour un temps de parcours compris entre cinq et six heures ; la vitesse maximale est quant à elle de 130 kilomètres/heure actuellement. Le tout reste nettement inférieur aux prévisions établies il y a trente ans. Alors que le projet d'électrification global de la ligne n'a toujours pas trouvé de concrétisation, il faut rappeler que le Maroc bénéficie depuis les années 1930 d’un réseau ferré électrifié entre les principales villes et qu'il vient de s’engager dans la construction d’un TGV Casablanca-Agadir.

En cette seconde moitié de décembre qui marque le cinquante-septième anniversaire de la SNCFT et le quarante-et-unième anniversaire de la rétrocession à la SNCFT du réseau ferré du sud tunisien, pourquoi ne pas rêver d’une ligne Tunis-Gabès connaissant prochainement un second souffle… et pas uniquement par quelques travaux sur les infrastructures comme c’est le cas depuis plusieurs années, notamment autour de Sousse, ou par l’acquisition, comme c’est le cas ces dernières semaines, de nouveaux trains pour la ligne. On ne peut pas éternellement faire du neuf avec de l’ancien qu’on se contenterait de remanier légèrement.

En ces temps où il est si fréquemment question de pollutions diverses, de hausse des dépenses énergétiques, la mise à disposition d’une ligne de train rapide entre Tunis et le sud tunisien serait un outil de développement appréciable tant sur le plan économique qu’écologique. La réduction des temps de transports permettrait une augmentation des échanges et déplacements collectifs de passagers et de fret, au détriment de modes plus polluants comme l’automobile ou l’avion. Ce serait aussi un outil de développement (industrie, tourisme, services, …) pour la province, solidement reliée à la capitale par cet axe névralgique ; cela contribuerait peut être à désengorger quelque-peu la capitale et sa périphérie surpeuplée, avec tous les désagréments que cela génère. Enfin ce serait une contribution majeure au projet de liaison ferrée transmaghrébine qui se doit de doubler une liaison routière rapide, cette dernière étant devenue malheureusement prioritaire après le piétinement de la première depuis une trentaine d’année.

L’avantage de l’autoroute c’est que même en l’absence de politique concertée entre Etats il est possible d’avancer et d’arriver finalement au résultat escompté… car on finit toujours par pouvoir raccorder deux autoroutes entre elles. Dans le domaine ferroviaire, la non-concertation est en revanche l’acte de décès implacable de tout projet et l’article de J. Salin nous le rappelle avec évidence, trente-deux ans après sa rédaction.


Malgré tout il y a encore des gens pour croire à l'hypothétique projet de train reliant Casablanca à Tripoli : http://www.euromedtransport.org/fileadmin/download/maincontract/ts4/ts4_bouchentouf_day4.pdf.

lundi 10 décembre 2007

Seuls au temple de la Sibylle...

Derrière la grille d’entrée du jardin du Luxembourg, je t’attends, essayant comme souvent en cet endroit de me détendre avant mes rendez-vous importants… je tourne sur moi-même… je baisse la tête… je fais le vide dans mon esprit… Aujourd’hui c’est notre « rendons-nous ». Je t’aperçois derrière la grille et tu tournes la tête…

Ton regard gracieux de faon… ! Mon Dieu, comment ne pas te reconnaître… ?! Nous nous retrouvons tels deux frères s’étant quittés la veille. Je te fais fermer ton manteau pour que tu ne tombes pas encore malade, pour que tu ne perdes pas encore ta voix douce… tu me rappelles mon grand frère K. qui ne ferme jamais son manteau…

Nous cheminons dans le froid… et je ne vois plus rien sinon toi… et je n’entends plus rien sinon toi… Direction le métro… mais je suis perdu l’espace d’un instant… l’émotion d’avoir un ange près de moi… Un air de Bach à l’accordéon… la sonnerie et les portières qui claquent me réveillent…

Un cèdre au pied d’une décharge… Nous caressons tendrement son écorce pour sentir la terre qui l’a vu naître… Il pleut des larmes froides dans ce ciel gris-noir où le soleil s’est fait dévorer…

Seuls au temple de la Sibylle… L’horizon nous appartient… horizon morne à la Smith D. Heureusement tu es là. A nos pieds s’ébattent de gracieux tadornes casarca, insouciants de l’avenir. Nous sommes à Paris mais nous sommes ailleurs, à une autre époque… toi à Babi et moi à Tunis. Tu me fais partager ton Ailleurs et moi le mien.

En souvenir de ce jour où la seule lumière était celle de tes yeux… merci petit Frère H.

lundi 3 décembre 2007

Vingt ans déjà...

Il est temps de parler un peu de cinéma sur ce blog. Et comment en parler mieux qu’à travers le film qui a marqué ma vie jusqu’à présent… ?

Ce film a tout juste vingt ans puisqu’il est sorti en France le 25 novembre 1987. Cela fait donc à peu près vingt ans que ce film est mon préféré. A chaque fois que j’ai eu la chance de le voir j’ai été conforté dans cette idée.

Ce film est Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci.

C’est l’histoire de Aixinjueluo Puyi dit Puyi né en 1906.

A trois ans, il est désigné empereur par sa tante, l’impératrice douairière Cixi. Il est alors arraché à sa mère, confié à sa nourrice et emmené à la Cité Interdite à Pékin.

Il règne, conseillé par son père, jusqu’en 1912, où la Chine devient une république. Pu Yi, âgé de six ans, est alors retenu prisonnier dans la Cité interdite jusqu’en 1924, où il est expulsé par des troupes armées et envoyé loin de Pékin.

En 1934, à l’âge de vingt-huit ans, il est sacré empereur de Mandchourie, une partie du territoire chinois qui vient d’être envahi par le Japon ; Puyi pense ainsi restaurer l’intégrité de l’empire chinois mais les Japonais se servent en fait de lui pour leurs projets impérialistes en Chine.

La seconde guerre mondiale met fin à ces projets mutuels ; Puyi est arrêté par les troupes soviétiques en 1945 et déporté en Sibérie. En 1949, il est livré aux alliés communistes de la République populaire de Chine. Il est emprisonné dans un camp pour criminels de guerre et « rééduqué » jusqu’en 1959, année où il devient jardinier à Pékin puis bibliothécaire. Sa mort survient en 1967, à l’âge de 61 ans.

Le film propose de suivre l’ensemble de la vie singulière de cet homme… une vie dont il n’a jamais été totalement le maître, écrasé par le poids de son destin et celui de l’histoire de son pays… la vie d’un enfant qui grandit trop vite, sans sa mère… un enfant qui se sent prisonnier et tenu à l’écart du monde… Plus tard, une fois empereur de Mandchourie, il revit cette situation d’enfermement, ce sentiment d’avoir été floué par ceux qui l’entourent et qui le surveillent plus qu’ils ne veillent sur lui.


Que dire de ce film sinon qu’il est merveilleux.

Les personnages présentés dans le film sont souvent attachants, de la nourrice de Puyi à ses deux épouses, de son petit frère et seul ami, Pujie, à son précepteur écossais Reginald Johnson. Les protagonistes moins agréables, tels que les dignitaires de la Cité Interdite, les Japonais manipulant l’empereur de Mandchourie ou encore les communistes chargés de rééduquer Puyi, font également l’objet d’une présentation soignée.

Les décors, les costumes et la musique créent un cadre tout à fait somptueux pour le déroulement de l’histoire. La plupart des scènes sont de toute beauté et on les garde longtemps en mémoire. La plus belle est sans doute celle où le petit Puyi sort de la salle du trône, se retrouve en pleine cérémonie face à des centaines de personnes dans la cour du Palais ; son attention est alors attiré par le bruit d’un criquet qu’il s’emploie à localiser avant d’en devenir l’heureux possesseur.

L’histoire de cet homme, en particulier dans son enfance, m’a touché. Je pense que je me suis identifié plus ou moins à lui lorsque j’étais moi-même enfant et adolescent. Cela explique pourquoi ce film m’a toujours fasciné. L’histoire d’un enfant qui grandit trop vite et qui a du mal à trouver sa place dans la vie ne pouvait que me bouleverser et me ramener vers mes propres questionnements. C’est, je crois, ce qui explique mon attachement de toujours pour ce film ; aujourd’hui ma vie a bien changé mais, à chaque fois que je regarde ce film, je constate qu’il a toujours cette place si privilégiée dans mon cœur ; j’espère bien qu’il sera toujours dans vingt ans mon film préféré.