lundi 13 juillet 2009

Une Celtia au goût amer...

J'avais oublié l'espace d'un instant la peur de te perdre... Le ciel tunisien me redonnait des forces, développant ma joie de te revoir bientôt, une joie cependant pétrie d'angoisse, il est vrai. Ma sérénité s'accordait avec la contemplation de ces grands espaces aux teints pastels, ; elle convenait à merveille au dialogue intime que j'ai toujours su mener avec les pierres aux veines marbrées ou encore les arbres vénérables qui s'élèvent vers nos rêves, autant de reflets fertiles dans le ciel.

Puis vint l'annonce, brutale, dans cette beauté à demi-déserte, profanée par le nom de ton départ. Puis vinrent mes larmes au milieu de la nuit ; personne ne les voyait mes larmes... personne n'a passé sa main sur mon épaule. Des bras accueillants pour m'étreindre il y en avait, certes, mais à Tunis... et encore n'auraient-ils pas compris l'étendue de mon désarroi, à 1500 kilomètres de toi, l'espoir brisé dans cet écrin trompeur.

Une Celtia au goût amer... je l'ai bue en ta mémoire, pour ces dix ans passés à apprendre de toi. Tu m'apprenais en vérité à apprendre sans toi ; ce sera désormais le cas, une éventualité qui ne s'était jamais offerte à ma conscience jusqu'à présent.

Puissent les hommes, pressés et négligents, accorder malgré tout un pan de leur mémoire à ceux qui les ont fait grandir !



mardi 7 juillet 2009

Notre chemin

Notre chemin a de la chance ; il est le seul à savoir où il mène et par où il passe.

Ceci dit on sait parfaitement qu'il mène à la mort en passant par des moments de tristesse et d'autres de bonheur ; ce qu'il nous manque c'est de savoir en fin de compte à l'avance ce que sont ces moments de tristesse et ce que sont ces moments de bonheur. Sans doute le saurons-nous bien assez tôt ! Ce ne serait sans doute pas un grand avantage d'avoir le don de connaître à l'avance ces différences étapes d'une vie. Cette ignorance où nous sommes permet d'ailleurs de se dire que tout reste permis en terme d'espoir et que notre marge d'action demeure immense.

J'étais il y a peu une petite vague lavant la plage de La Marsa (qui en a bien besoin !)... je m'y suis trempé les pieds et le bas des jambes à l'ombre du soleil déclinant. C'était. simple et beau ; c'était vivifiant et inattendu. Je m'étais en effet promis de ne plus jamais me baigner en plein jour mais les conditions n'étant alors pas foncièrement défavorables, je me suis laissé aller à cette douce perspective. L'eau jouait avec moi, allant et venant, parfois douce et parfois rude. Cela a duré un bon moment mais l'échelle du temps est démultipliée dans de telles circonstances où l'on se met à savourer chaque instant. J'étais pensif, essayant de digérer toutes mes émotions plaisantes ainsi que les deux chocs rudes qui se sont abattus sur moi, dont l'un en plein dans ce bonheur.

J'ai songé à ce bonheur, rare et éphémère, et il se rappelle à nouveau à moi, chaque jour depuis. Là-bas repose une part de moi, de mon âme. J'y ai abandonné non sans peine un rêve après l'avoir vécu autant qu'il était possible. La douceur de ce souvenir me poursuivra longtemps ; peut-être même pourrais-je le revivre à nouveau mais toujours à titre temporaire ; tout l'art consistera à ne pas regretter ce qui ne peut pas être et à s'envelopper du voile doux de ce qui a été, de ce qui pourrait être à nouveau, entre souvenir et espoir minimaliste. Faire de ce minimum un tout, un continent, un univers, celui là même où je dessinais de savants itinéraires, où je partais à la découverte de l'inconnu, à la recherche de fruits sucrés, à la recherche d'émotions me coupant le souffle. Mon bateau avait trouvé son île ; elle disparait aux grandes marées de mes larmes mais reparaîtra là-bas où ailleurs au jour de mon sourire retrouvé.

Mer, tu m'as bercé... Sable, tu m'as épousé... Vent, tu m'as étourdi... Où que je sois, je suis à toi, mon coeur, mon âme...

mardi 30 juin 2009

Boîte noire de mon âme (VI)

Le temps passe... et j'ai réalisé que ma dernière "Boîte noire de mon âme" remonte déjà au début du mois d'octobre de l'an passé... une antiquité ! J'ai conscience, en ces temps où les avions tombent comme des feuilles mortes, d'ajouter avec le titre de ce texte un peu plus de confusion pour ceux des internautes qui chercheraient à s'instruire sur les fameuses boîtes noires... Je rappelle donc une fois de plus qu'elles sont en fait de couleur rouge-orange et qu'elles font un étrange bruit sourd du type "toc toc toc...". Rien à voir donc avec moi ; je n'ai pas de coup de soleil et ne suis pas toqué, du moins n'en ai pas trop l'air ! Mais entrons plutôt dans cette boîte noire qui comporte des bribes de pensées...

La nostalgie m'envahit. Des centaines d'images défilent devant moi, autant de souvenirs qui se bousculent au portillon de mon âme. L'émotion est puissante, surtout quand elle est ainsi concentrée. L'image repousse le passé l'espace d'un instant ; on sourit même parfois, proche de la béatitude, sans même s'en apercevoir.

La nostalgie toujours... je songe à une brioche... une simple brioche avec des pépites rouges. Cela n'a l'air de rien et pourtant... elle a toute une histoire personnelle cette brioche... elle me rappelle des yeux, elle me rappelle une voix... Depuis quelques temps, il me suffit de penser à elle pour penser à toi... et je pleure... hélas dans le vide. La vie devient poussière et le cœur, de rouge qu'il était, se teinte de grisaille, alourdi par le point des ans et des épreuves, conservateur fragile d'une mémoire qui finira par disparaître.

Nouveau départ... je finis par m'y habituer, même si tes absences me rappellent combien il est doux en général de te savoir non loin de moi. C'est une sécurité essentielle. Je repense à ton premier départ, celui qui m'avait révélé des vérités profondèment enfouies. Je songe au drame de cet été solitaire, de ces signes qui m'avaient alors déterminé pour l'avenir. Il est fascinant de constater combien de petits éléments d'abord insignifiants conduisent à des phénomènes d'importance considérable. C'était il y a sept ans déjà... tout a changé pour moi depuis, sauf ton amitié.

Autre signal de la fuite du temps... un simple mail que j'ai lu dans un bus dans la Tunisie profonde... au loin un souffle qui vascille et qui nous laisse impuissant. Personne pour me comprendre alors... ils riaient, logiquement insouciants. J'ai pris un remontant, une Celtia... j'ai regardé le ciel en pensant à toi.

La vie ne tient parfois qu'à un fil. Je suis raccompagné par M. qui veut s'assurer que je serai tranquille pour rentrer ; il me laisse au niveau du Passage. Peu après une poubelle s'abat juste derrière moi. Comme quoi, on se protège parfois et c'est tout à fait inutile ; c'est dans les moments d'insouciance que les failles entraînent parfois de douloureux réveils.

Tu étais près de moi... nous avons passé une heure trente tous les deux... comme toujours à une vitesse incroyable. Ta douceur et ton charme ne se sont pas démentis ; tu as encore fait ton numéro subtile de séduction... j'ai failli une fois encore y croire. Les rêves m'emportent parfois... mais je ne me laisserai pas dériver éternellement. J'ai peur de te perdre, sans doute, et cela ralentit le pas de mon départ ; j'ai peur de te blesser dans ton inconscience, dans cet aveuglement d'adulte où tu vis, avec la joie d'être adulé par de multiples personnes. J'ai besoin d'être unique aux yeux de quelqu'un... je le suis, oui, d'une façon, je le suis pour toi, je le sais... mais tu ne franchiras pas le cap et tu rejoindras cette légion composées d'âmes frileuses, inconstantes, indécises, ... qui me font un peu, beaucoup, passionnèment ou à la folie souffrir.

Il est tard ; l'ange passe... et le silence, étrange, trépasse. Troublé, je le suis, oui, avec toujours ces mêmes questions tenaces : j'ai interrompu ton vol en tout cas, non pour te voler tes ailes mais pour les admirer. Ta légéreté m'inspirera sans doute comme il faut ; je sais déjà qu'il en va de même pour toi. Ils sont étonnants ces rendez-vous inattendus où deux âmes se retrouvent presque comme dans un temps qui n'a pourtant jamais existé. Il est toujours difficile de savoir s'il s'agit d'un mirage ou de toute autre chose beaucoup plus noble et durable ; la vie nous endurcit et nous faire perdre nos plus purs espoirs. Les marchands de rêves sont nombreux ; j'espère que tu ne seras pas ainsi.

lundi 22 juin 2009

Humour noir

Depuis un mois, les parutions sur ce blog ont connu quelques irrégularités ; ceux qui me connaissent bien savent que la vie n'a pas été toujours très clémente à mon égard ces dernières semaines, même si certains moments ont paradoxalement été aussi parmi les plus beaux. Comme il faut garder un certain détachement par rapport à ce qui peut nous atteindre, je crois que le moment est venu pour un peu d'humour bien noir.

Vous savez tous que nous sommes encore plongés dans la lutte contre la grippe apparue au Mexique durant le printemps. Cela semble parfois lointain mais quand, par exemple, on débarque à l'aéroport de Tunis, on a droit à une belle photographie thermique supposée signaler aux autorités locales les individus fiévreux ; pour ma part, je n'étais fiévreux que de revoir ma chère Tunisie donc je n'ai eu aucun ennui ! J'ajoute que les photographies thermiques sont de véritables œuvres d'art vivantes et qu'il est bien dommage que nous ne puissions repartir avec un cliché souvenir agrémenté des teintes chaudes de nos variations de température corporelle !

Toujours est-il que ces derniers temps, je me promenais dans une grande librairie bien connue des Halles, à Paris, et que je suis tombé sur un guide de voyage consacré au Mexique... et en ces temps de grippe mexicaine, je pense qu'il est de mon devoir de vous montrer la couverture fort à propos de ce guide... !

mardi 9 juin 2009

L'Afrique...


J’ai rencontré cette charmante dame en me promenant au château de Versailles. Il s’agit d’une statue représentant l’Afrique, réalisée en 1682 par les sculpteurs Georges Sibrayque et Jean Cornu, deux des meilleurs artistes de leur temps. Le second avait séjourné à Rome, à l’Académie de France, une institution fondée notamment pour fournir au royaume de Louis XIV des copies de statues antiques. Jean Cornu a copié notamment pour Versailles l’Hercule Farnèse ainsi que des motifs reproduits sur des vases en marbre tels qu’une scène de bacchanale et une aure où figure le sacrifice d’Iphigénie.


Quant à la représentation de l’Afrique elle est elle-aussi tout droit inspirée de l’antiquité avec l’attribut classique de la proboscis, c’est-à-dire la dépouille d’éléphant portée sur la tête ; on reconnaît la trompe, les oreilles et les défenses de l’animal, le tout formant l’attribut spécifique de l’allégorie de l’Afrique. On y a ajouté dans le cas de la statue versaillaise le lion, symbole classique de noblesse, et qui devait sans doute évoquer le caractère sauvage et exotique du continent africain alors peu connu en France.


La statue de l’Afrique appartient à une grande commande statuaire passée en 1674 pour orner le parterre d’eau, au nord-est du château. Pas moins de vingt-cinq sculpteurs y ont contribué pour réaliser un ensemble cohérent basé sur la répétition de groupes de quatre statues : les quatres éléments, les quatre continents (l’Océanie n’étant alors pas prise en compte), les quatre saisons… et plus rare, les quatre poèmes (lyrique, pastoral, satyrique, héroïque), les quatre heures (le point du jour, l’heure de midi, le soir, la nuit) et les quatre tempéraments (mélancolique, colérique, sanguin, flegmatique).


On retrouve ici un langage familier de l’antiquité, notamment avec les représentations des saisons, souvent associées à d’autres éléments évoquant l’espace ou le temps. Il s’agit par là de signifier la maîtrise de l’espace et du temps par un principe souverain, qu’il émane du divin ou du pouvoir temporel ; en l’occurrence cette aspiration à la maîtrise est un manifeste à l’absolutisme royal du souverain français. Cette logique est ici développée plus encore avec la représentation des tempéraments qui renvoie à la maîtrise de soi. Les quatre poèmes font eux référence à la maîtrise des arts mais il est étonnant qu’on n’ait pas préféré plutôt quatre arts distincts que de décliner quatre types de poésies.


Cet ensemble de statues se comporte un peu comme une boussole géante qui diffuserait aux quatre points cardinaux, de manière universelle donc, les vertus royales. La seule énigme finalement réside dans le constat que l’organisation de ces statues dans l’espace laisse à désirer alors qu’elles auraient pu faire l’objet d’une savante mise en scène renforçant la cohérence de son message symbolique.