dimanche 6 novembre 2016

Le pèlerin

Le pèlerin avance, le dos voûté mais d'un pas ferme, appuyé sur sa canne... le soleil brûle sa tête dénudée mais épargne son visage, protégé par une barbe encore sombre...
Son habit blanc prend des reflets dorés mais il est aussi taché de poussière...
L'homme solitaire épouse le mouvement des éléments qui tous, terre, eau et ciel, semblent s'être donnés le mot pour gagner le lieu où ils se réuniront... le pèlerin suit ce mouvement, fait de vagues audacieuses, d'explosions foisonnantes et de matières se diffusant partout par capillarité.
Le pèlerin en quête d'harmonie est déjà uni à cet écrin de l'âme dont il ne lui reste plus qu'à ciseler les ornements.

Ce texte est rédigé à partir d'une oeuvre picturale réalisée à l'encre polychrome sur papier... J'ai voulu mettre des mots sur cette image... et j'espère que mes mots feront naître d'autres images, plus ou moins proches de l'original.

mardi 30 août 2016

Harmonie

J'ouvre mon blog... je ne sais pas encore ce que je vais y écrire... mais il le faut pourtant... je note le titre qui me passe par l'esprit : "Harmonie"...

Je viens de revoir ma précédente note, mes vœux pour la nouvelle année... et force est de constater que cette légèreté que j'appelais de tout mon cœur est loin d'avoir imposé son règne implacable.

Harmonie... j'ai pensé à quelques photographie récemment faites à Bourges, dans le palais de Jacques Coeur, le grand argentier de Charles VII. Devant son palais, on voit la statue en marbre de cet heureux marchand, vêtu à l'orientale, qui fut un véritable trait d'union entre la France et le Levant au 15ème siècle, à une époque où de tels liens préoccupaient plutôt la Sérénissime République de Venise ou le crépusculaire empire byzantin.



Du magnifique palais de Jacques Cœur, je veux retenir en particulier deux images parmi une floraison de formes et de couleurs patinées par le temps.

 La première est celle du jardin qui figure au dessus de la porte du logis. On y voit trois arbres, un acacia de Constantinople, un oranger et un palmier-dattier, ainsi que deux plants de lin et deux plantes tinctoriales. Le tout est encadré de motifs végétaux et d'une légende. Si cet ensemble rappelle à l'évidence l'intérêt de Jacques Cœur pour le commerce des étoffes avec l'Orient, il s'agit aussi de planter le décor de cette activité et de représenter une sorte de jardin des délices, un cadre idéal où la vie foisonne, un lieu pourvoyeur en mets savoureux et en matières premières, le siège d'une harmonieuse connexion entre l'homme et la nature. Un deuxième panneau répond à celui-ci avec d'autres végétaux mais son sens est certainement proche. Cette merveilleuse évocation naturelle nous transporte avec légèreté dans un monde que l'on peut espérer une pleine quiétude.



La seconde image que je retiens est moins une trace graphique qu'un geste architectural qui témoigne déjà de la sortie du moyen-âge et de l'entrée dans la Renaissance : l'escalier à vis dépouillé de son noyau central et rendu ainsi à l'élégance, magnifiée par un remarquable travail de ferronnerie. La plus belle vue en est certainement cette spirale qui s'apprécie de haut, cette impression d'un mouvement simple et qui se prolonge à l'infini.


Que dire enfin sinon que la poésie se vit autant qu'elle s'écrit et que cette harmonie réside dans le regard que nous portons sur tout ce qui nous entoure !


jeudi 7 janvier 2016

2016, année de la légèreté...

De l'air chaleureux... du vent doux... de la légèreté...
L'espoir du beau et du meilleur...
Bienvenue, 2016 !

mercredi 23 décembre 2015

Déchiffrage

Après le défrichage, le déchiffrage...

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
Le site Mémoire des hommes du Ministère de la Défense français propose aux internautes un programme d'indexation collaborative consistant à indexer la base des soldats morts pour la France durant la Première Guerre mondiale.

Cette base comprend les fiches manuscrites de 1,4 million de soldats morts ; l'indexation consiste à enrichir les index existants à partir d'informations nouvelles comme la date de décès, le grade ou encore l'unité et le bureau de recrutement de chaque soldat. Ce travail permettra à la fois de conserver la mémoire des soldats morts mais également de faciliter des études pour mieux les connaître.
Parmi ces soldats beaucoup n'étaient pas français ; il y a en particulier un nombre important de fiches concernant des soldats tunisiens.

 À ce jour environ 300.000 fiches ont été indexées... il reste donc beaucoup à faire, et notamment pour les soldats non français. Qui indexe ces fiches ? Des passionnés de généalogie ou d'histoire avant tout. Certains curieux peuvent aussi être tentés d'indexer un membre de leur famille ou encore de leur village, ou même quelqu'un portant le même nom qu'eux.

Mais les soldats étrangers, qui va s'occuper d'eux ? Personnellement j'ai décidé d'indexer des soldats tunisiens parce que je pense que c'est la moindre de choses d'indexer des fiches d'inconnus et spécialement de soldats morts loin de chez eux, pour un pays qui n'était pas le leur, ce pour quoi nous leur devons une reconnaissance exceptionnelle.

Sans doute serait-il bon aussi que des Tunisiens s'y intéressent car cette histoire est aussi la leur.

L'indexation peut être réalisée relativement simplement, à condition d'être bien attentif à ce qui est écrit, de savoir déchiffrer les anciens écrits, de savoir se poser des questions en cas de doute et enfin de rechercher les précisions quand cela est nécessaire, par exemple pour identifier précisément le nom des communes actuelles qui varient parfois un peu par rapport aux noms indiqués sur les fiches.

C'est un travail passionnant à faire pour mieux comprendre qui étaient ces hommes venus d'un peu partout et qui n'ont pas eu la chance de profiter de leur jeunesse. Ils nous rappellent combien sont précieuses la paix et la liberté.









lundi 14 décembre 2015

Défrichage

Je me suis aujourd'hui rendu compte de deux choses essentielles. Malgré le climat pesant qui règne sur notre humanité ces derniers temps, la poésie n'est pas morte... ni l'espoir avec elle.

Ce matin, je me suis surpris, alors que mes étudiants tapotaient tous avec entrain sur leurs claviers d'ordinateurs, à m'évader par l'esprit jusqu'en Italie, à Tivoli, où, à l'ombre de grands arbres ou d'une grotte de fausse rocaille, j'entendais le cliquetis d'une fontaine à laquelle je me rafraîchissais.

Et cet après-midi, W. est venu frapper par hasard à ma porte et nous avons parlé de la Tunisie... Radès, Le Kef, El Jem, ... et ce jeune homme plein de bonnes intentions et mû par un élan suscitant la sympathie m'a dit qu'il aimerait faire de la politique.

J'ai réalisé que mon cœur était quelque peu en friche. Ces dernières années m'ont procuré autant d'épreuves rudes que de profonds bonheurs et, si je n'ai pas perdu ma résolution optimiste, mon âme est néanmoins moins légère qu'elle ne le fut il y a dix ans ou presque, en particulier quand je songe à l'époque où j'ai ouvert ce blog et que celui-ci est devenu, pour un temps, une clé absolument essentielle dans mon cheminement personnel.

Actuellement, nous sommes condamnés à des pratiques pour le moins narcissiques et paresseuses, en particulier sur Facebook : se mettre ouvertement en avant, à travers une liste de caractéristiques ou une collection de selfies, et suivre le vent et la vague, à travers des actualités que l'on retransmet aux autres sur son profil ou encore à travers les commentaires lapidaires que l'on peut déposer un peu partout, chez ses amis ou même parfois chez des inconnus.

Mais où est le sel que je recherche ? où est cet oxygène qui me rend libre ? Moi qui aime écrire pour la beauté du geste, comment puis-je me satisfaire de ces espaces d'écriture formatés de toutes parts ? Et comment laisser place à la spontanéité de l'esprit, laisser s'écouler le fil d'une pensée dont la sensibilité devrait être la seule direction valable ?

Cet espace que je délaisse trop, il m'est en vérité indispensable. Je ne l'avais pas oublié - je n'oublie rien - mais je me sentais tellement vide et impuissant qu'il ne me semblait guère utile d'y revenir sinon pour de trop rares pèlerinages. Difficile aussi de contempler les vestiges d'un temps pas si ancien où une vie féconde régnait sur les blogs, où les amitiés naissaient et croissaient à travers des textes échangés de manière généreuse et, pour ce qui me concerne, dans cette forme de relatif anonymat où j'ai toujours pensé qu'était ma place, l'écriture et le souffle de l'âme prenant le pas sur l'individu bien vivant que je suis.

S'il me reste des lecteurs, fidèles ou de passage, sachez bien que je vous aime, connu(e)s ou inconnu(e)s, sachez bien que Roumi essaiera d'écrire plus souvent ici, dût-il être seul et parler dans le désert. Tous ceux qui l'ont fait connaissent cette rudesse, d'autant plus âpre si l'on considère que ce blog, comme d'autres, est en quelque sorte un récif d'une forme de paradis perdu, un lieu où je suis pour ma part entré en me dépouillant d'une part de moi-même et en en intégrant une autre qui m'a rendu meilleur, je le crois.

Samedi j'ai passé la journée avec mon frère N. et, lui-aussi, m'a rappelé ce temps proche et béni, celui où nous pouvions, tous, à travers nos mots nous surpasser et nous retrouver tous ensemble. Bien que le sang nous éclabousse, bien que le froid qui s'installe refroidisse quelque peu notre élan, je sens bien qu'il se passe, au-delà de ces épreuves, quelque chose, quelque chose de bon et qui nous rendra meilleur si notre intelligence y survit. Pour ma part, je pense que le temps est venu de reprendre, un peu plus que je ne le faisais ces derniers mois, cette mission d'écriture.

Cette note est en rouge... oui car ici le rouge a toujours été depuis 2006 et sera toujours ici le "cri du cœur".