mercredi 9 décembre 2009

"Prends l'oseille et tire-toi !"

C'est un drôle d'anniversaire... J'ai un chèque un peu froissé dans mon tiroir de bureau... un chèque de décembre 2003. Déjà six longues années... Voilà tout ce qu'il me reste d'un ami : une simple reconnaissance de dette, un chèque périmé, tout comme l'est notre amitié !

Un imbécile a dit que "l'argent ne fait pas le bonheur mais qu'il y contribue"... à l'évidence, il n'y a rien de plus faux. Exception faite des besoins élémentaires que nous sommes tous en droit de vouloir satisfaire, tout ce que nous pouvons désirer de plus relève dans l'absolu du superflu. Quand on naît pauvre, on apprend à le demeurer. Certains finissent par l'oublier mais leur réveil est douloureux : tout confort excessif est un danger. On voit bien des gens pleurer en permanence qu'ils aimeraient avoir ceci ou cela... on voit ces gens qui ne supportent pas les fluctuations de leur compte bancaire, qui perdent la mesure de la simplicité et qui ne peuvent plus se passer d'un train de vie conséquent. Ces éternels angoissés du portefeuille n'hésitent pas à solliciter l'aumône publique afin de préserver les apparences ou encore de gommer grâce à d'autres l'effet en dents de scie de leur progression sociale.

Que peut-on attendre de ces gens ? Une fois le chèque signé ou la liasse de billets retirée de la banque, leurs attentions se font moindres... La vérité : ils s'éloignent. L'argent est aussi sale qu'une maladie honteuse... surtout ne pas penser qu'on doit son salut à d'autres que soit ! Les nouvelles se font de plus en plus rares... parfois on obtient un "je ne t'oublie pas", qui sonne comme un "malheureusement je n'oublie pas que je te dois de l'argent". Le rapport s'est transformé : l'amitié a cédé la place à un rapport de culpabilité de la part de celui qui a capté l'argent de l'autre et qui ne veut ou peut le rendre. Quoi de mieux alors qu'oublier ceux qui ont rendu ce grand service et qui le concevait avant tout comme une marque suprême de leur amour ?

"Trop con, trop bon" disons-nous de nous-mêmes qui pouvons encore rire dans d'aussi sordides circonstances. J'ai plusieurs milliers d'euros qui sont ainsi en errance... et il semble qu'un même scénario doive se reproduire régulièrement. Le plus triste c'est que moi le généreux n'ait plus une seule pièce dans mon porte-monnaie, plus un seul euro sur mon compte bancaire. À qui vais-je demander de l'aide ? À ces amis qui ont pris l'oseille et se sont tirés ? À ces gens à qui je n'oserais même pas demander un centime ou un millime alors qu'ils ne s'en sont pas privés ? La seule chose qui me dérange en ces moments difficiles c'est de me dire que j'ai parfois perdu à la fois l'argent et l'amitié, c'est-à-dire à peu près tout, le matériel et le spirituel.

Il y a un garçon que je connais à peine et qui a proposé de m'aider ; j'ai préféré lui dire que j'essaierais de m'en sortir sans le solliciter. Là encore ce type de situation ne peut que troubler : un inconnu qui veut nous secourir quand les personnes que nous connaissons sont inaptes à le faire, ne songeraient même pas à apporter une aide morale.

Je voudrais quand même remercier celui qui a payé la moitié de mon sandwich lundi ; nous n'avons pas grand-chose mais avons heureusement gardé le sens du partage.

lundi 30 novembre 2009

J'ai rallumé la lumière...*

Une vaine semaine déjà que je trépasse
À
l'ombre de ta beauté - elle ne se froisse
Pas - et que mes pas me mènent à toi,
Tel un cœur égaré à qui s'impose la loi

De tes yeux grenats - ils m'envoûtent -
Sur lesquels, Roseau, je m'arc-boute ;
Ton sage regard attise mon fol espoir,
Rendant toute autre pensée dérisoire.

Le jour délavé et la lumière éteinte,
Blotti dans ces fantômes d'étreinte,
Je confesse à nouveau ma profession

De foi, mes prières, tendre confusion.
Je songe à exister tout simplement :
Être plus qu'une poussière d'amant.


*cf. le texte précédent.

mardi 24 novembre 2009

Errances amoureuses

Une beauté comme on en rêve... une beauté qui donne des larmes quand le regard fusille l'incarnation de notre idéal. Tu n'es pas pour moi ; tout le monde te veut, je le sais... c'est écrit dans ton regard, la Lune et le Soleil brunis par la chaleur de ton esprit, éclatants comme l'intensité de ta vie. Tu as l'air serein, presque nonchalant. Que pourrait-il t'arriver de mauvais ? Si ce n'est pas moi ce sera quelqu'un d'autre... Tu m'appelles ? Je pousse un soupir et je sens un frisson courir sur mon corps tiède. Tu me fais penser à la beauté parfaite : le mystère et la grâce réunis. Si je pouvais sonder ton âme, je saurais ce que cache cette enveloppe parfaite. Si je voulais me consoler du fait que tu ne porteras jamais le regard sur moi, je dirais que ta personnalité n'est pas à la hauteur. Je n'en sais rien... je cherche le moindre indice mais tu demeures pour moi une icône que je voudrais pouvoir vénérer éternellement, embrasser de tout mon souffle, dévorer tes lèvres, laisser ton souffle étourdir mes narines, fermer les yeux timidement face à la puissance des tiens, caresser tes joues qui semblent si douces, me réfugier dans le creux de ton cou au goût de miel, je n'en doute pas.
Je lève les yeux au ciel... pourquoi as-tu effleuré mon pauvre être sans défense devant toi, sans armes pour lutter contre ceux qui ne te méritent pas autant que moi qui te promets déjà mille poèmes. La poésie ne sert à rien je le sais... seules comptent les apparences, du moins en premier lieu. Je ne suis rien. Mon écorce n'est, au mieux, que très banale ; je ne fais la différence que par ma substance, cela même que nous ne voulons pas voir. Es-tu comme les autres ? Sûrement oui... ta beauté a sans doute déjà égaré tes pensées et la facilité aura perdu déjà plus d'une fois cette impression que je me fais de toi. Comment l'apparence parvient-elle à me troubler autant, moi qui m'en méfie comme de la peste ? Comment puis-je croire plutôt que la bonté d'un être, que sa noblesse, n'est pas tant dans les traits de son visage que dans ce qui n'est visible qu'après des mois ou des années ? Je ne sais pas... la tête me tourne à force d'opposer ces pensées à ce que je vois de toi. Tu as fait de moi un marin fou qui va s'échouer dans la solitude de ses draps, ces vagues ô combien froides et glissantes, le vent de la nuit rugissant le chant des égarés morts de leurs amours chavirées trop tôt. Je l'aime déjà... c'est idiot ! On n'aime pas une ombre insaisissable... on ne se détruit pas par anticipation dans l'égarement d'une passion qui n'existera que dans nos regrets. Je l'aime encore... Il faut s'en libérer...

J'éteins la lumière...

lundi 16 novembre 2009

Coup de filet : un kamikaze arrêté à l'Institut du monde arabe



Eh oui ce n'est qu'un livre tombé de la bibliothèque de l'Institut du monde arabe dans un filet en contrebas [à l'intérieur du bâtiment, derrière les baies vitrées]... Notons l'installation de filets, probablement destinés à éviter qu'un de ces livres ne blesse quelqu'un dans sa chute ! C'est quand même incroyable de penser que des livres puissent tomber d'une bibliothèque et blesser des gens ! Encore un projet architectural qui avait été pensé dans ses moindres détails... et je ne dirai rien sur les moucharabiés électriques en panne ou encore cette maudite avant-dernière salle de l'espace d'exposition temporaire qui se termine en pointe, formant un volume que la muséographie peine toujours à exploiter.
Ce livre attend dans ce filet que quelqu'un vienne l'y chercher ! Une araignée peut-être...

lundi 9 novembre 2009

Alles gut zum Geburtstag Berlin !

Il y a vingt ans j'avais onze ans et je commençais tout juste à apprendre la langue allemande... Depuis l'enfance je passais mes journées à rêver en feuilletant les pages de mon grand atlas, l'un des plus beaux cadeaux que l'on ait pu me faire. Rêver... et aussi découvrir les larmes de notre monde... Le petit garçon précoce que j'étais, celui qui en savait trop pour son âge, n'avait pas réussi à comprendre pourquoi un trait sur son atlas séparait une Allemagne de l'Ouest et une Allemagne de l'Est. Quelle différence entre une république "fédérale" et une république "démocratique" ? Et cette question se reproduisait pour les deux Yémens ou encore les deux Corées.

1989... bicentenaire de la Révolution française... je venais de recevoir mon diplôme de "vertueux citoyen" après avoir planté un "arbre de la Liberté", en l'occurrence un des arbres les plus précieux, un ginkgo biloba, "l'arbre aux mille écus", à l'image de ces arbres de la Liberté plantés en 1789 partout en France. Pendant ce temps, le gouvernement chinois écrasait dans le sang la révolte de son peuple sur la place Tian'anmen... L'automne 1989 nous a fait frémir d'une émotion plus joyeuse : le neuf novembre Berlin est redevenue une ville comme les autres et mon atlas s'est trouvé simplifié. Je comprenais enfin qu'il n'y avait rien à comprendre dans cette Allemagne coupée en deux, dans cette ville de Berlin coupée en deux. La réunification était déjà en marche malgré les obstacles à soulever. Moins de deux mois après c'est la Roumanie qui s'est libérée, cette fois dans le sang, du régime oppresseur de Nicolas Ceaucescu, exécuté après un semblant de procès. Avant Saddam Hussein, dont le cadavre a été vu à la télévision, celui de l'ancien chef d'État roumain, fusillé, nous avait été présenté.

J'ai été en Allemagne au début de l'année 1990, dans ce qui était encore la capitale fédérale, Bonn. J'ai même pu visiter la chancellerie fédérale et la salle du conseil où se vivaient des heures historiques. J'ai été témoin de ces espoirs devenus réalités. Il reste malheureusement d'autres murs, véritables ou symboliques, à abattre. Le Temps n'est fructueux que s'il permet à la Sagesse collective de s'imposer. Les esprits, tous les esprits, doivent changer pour que ces murs tombent enfin ; reproduire des raisonnements qui n'ont pas eu d'effets depuis des décennies doit nous conduire à inventer de nouveaux chemins plus constructifs, plus subtils. Berlin, c'est un modèle universel de ce qui n'aurait jamais dû être, de ce qui a été et de ce qui n'est heureusement plus. On peut toujours espérer que partout où les gens pensent ne pas pouvoir vivre ensemble, des mains se tendent pour les réunir à nouveau sur des bases équitables et que chacun trouve la paix et le respect qui lui sont dus.