dimanche 24 mai 2009

Des nouvelles fraîches...

La Dépêche tunisienne
La Dépêche tunisienne
Source: Bibliothèque nationale de France


Voici les nouvelles du lundi 25 mai... oui enfin de l'année 1896.

Au menu français : le voyage du président Félix Faure à Amboise et Tours ; visite de l'envoyé extraordinaire de Chine en France ; l'affaire du cadavre dans la malle découverte à Couville, dans la Manche ; accident à l'Opéra de Paris.

Au menu international : le couronnement du tsar.

Au menu tunisien : les écoliers ont congé le jour du couronnement du tsar ; annonce de la réouverture prochaine du casino d'Hammam-Lif ; interview de René Millet, résident général ; assassinat de deux Anglais à Sfax ; les Folies Bergères de Tunis.

Faits divers... notamment "Un mouton, appartenant an sieur Crifo Gaetano, demeurant place des Potiers, 7, a été dérobé hier par un individu demeuré jusqu'ici inconnu." ou encore "Une montre en argent et une chaîne en or ont été soustraits au sieur Mohamed ben Hassin, Tunisien, tisserand, demeurant rue Bab-Saâdouni, 192. Comme le précédent, l'auteur de ce larcin a oublié de laisser sa carte de visite au domicile du volé. Ce dernier est allé porter ses doléances chez M. le commissaire de police de son quartier. "

Chronique de la mode.
Jeux.
Avis et annonces diverses.

1139 numéros de la Dépêche Tunisienne sont actuellement consultables entre 1896 et 1900 sur le site français Gallica. Ce sont des mines d'informations très variées autant pour l'histoire en général que pour celle de la Tunisie en particulier. C'est donc à explorer parmi tant d'autres choses pour les plus curieux.

jeudi 14 mai 2009

Appel du pied

Pierre Desproges rappelait ainsi le théorème d'Archimède : "Quand on plonge un corps dans l'eau, le téléphone sonne". Eh bien quand on place Roumi dans un train, il s'endort en quelques minutes voire même en quelques secondes parfois.

Je dormais donc dans le train d'un sommeil léger, me balançant légèrement de droite à gauche vu le chahut du train. Soudain, dans cet état semi-conscient, je sens un contact physique : un appel du pied ! Les yeux fermés et la conscience à moitié engourdie j'analyse la situation : le gars assis en face de moi est en train de me faire du pied ! Je me demande bien pourquoi il le fait. Il a peut-être peur que je lui tombe dessus... ou alors il veut quitter le train et je le gêne avec mes jambes étendues... ou enfin il essaie de me draguer. Ceci dit, je suis déjà en train de replonger dans le sommeil donc ces pensées diverses s'évanouissent sans susciter d'émoi.

Quelques minutes plus tard, nouvel appel du pied... cette fois je suis franchement intrigué et j'ouvre les yeux... en fait ma sieste éclair est terminée. Je regarde le gars... il me sourit... euh... oui... il m'explique qu'il voulait me prévenir que l'on arrive en gare, au cas où je voudrais descendre ! Je le remercie en lui disant que je descends neuf gares plus loin. Heureusement que lui descendait sinon il aurait continué à me faire du pied pendant un bon moment sans que je comprenne bien pourquoi ! En partant, il me propose de prendre son siège pour me caler la tête contre la paroi du wagon et dormir ainsi plus confortablement. Eh bien il y a des personnes vraiment gentilles dans le train ; cela change de tous ces gens qui ont une tête sinistre !

mercredi 6 mai 2009

Je me souviens du pays des ponts...

La journée débute de manière ordinaire... je regarde une dernière fois ma messagerie et mon blog vers 8h25... ça me fait drôle de penser que peut-être je ne verrai pas internet pendant une semaine mais je trouve cela assez amusant finalement ; tout laisser tomber pendant une semaine... c’est une sorte de rêve pour moi. Je pars ensuite tranquillement prendre le train, sans trop me presser vu que je dois être à 11h30 seulement à la gare routière internationale de Paris-Galliéni. Je rêve dans le train, songeant déjà aux beautés de mon voyage.

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Le bus débute son long et lent périple : une journée entière de bus. Nous tournons en rond dans Paris et l’Ile-de-France… on arrive à Orléans trois heures après le départ alors que ce n’est qu’à 100 kilomètres de Paris… on est à Tours 4h30 après le départ… à Bordeaux 9h30 après le départ… A minuit les douaniers espagnols montent dans le bus pour contrôler l’identité des passagers du bus... on est tous à moitié endormi... sympathique comme réveil. On s’arrête à nouveau en pleine nuit sur une aire au bord d’une route modeste... il est entre 5h00 et 6h00 du matin : je foule enfin le sol portugais.

Le décor est fabuleux... le bus passe dans des vallées profondes, au milieu de montagnes souvent élevées. Les perspectives sont vastes et chaque courbe de la route amène une nouvelle surprise... un lac artificiel... un petit village perché... un groupement d’éoliennes plantées sur le sommet de certaines montagnes, ... nous passons même dans une vallée où l’on surplombe une immense masse nuageuse, certainement née de l’humidité ambiante.

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Porto. Je me laisse aller à marcher dans les rues en direction du Douro. J’aime les fleuves, l’eau apaisante qui coule ; c’est donc tout naturellement que je veux privilégier ma rencontre avec le fleuve. J’arrive près des anciens remparts et emprunte la rue qui les longue. Au bas de cette rue se trouve un funiculaire, mélange de celui de Paris et de Fourvière à Lyon, ainsi qu’un escalier vertigineux qui se faufile dans une ruelle étroite et sordide. Tout respire ici la misère, une misère reléguée dans ce quartier périphérique, accroché à la falaise. Il y a là un vrai fossé avec les immeubles du centre qui, pour certains, sont luxueux et, pour d’autres, mal entretenus mais néanmoins convenables. Arrivé au bas de l’escalier vertigineux, je me trouve au bord du Douro, au pied du pont Don Luiz I, ce pont d’inspiration « eiffelienne » admirable par ses deux tabliers, l’un suspendu dans le vide en dessous de l’arche et l’autre posé sur l’arche. Ce pont est le point central de traversée entre Porto et Gaia depuis 1886. Le Portugal est le pays des ponts, de beaux ponts de styles divers, parfois déjà très anciens.

Une fois sur l'autre rive, à Gaia, je sens une odeur étrange et tenace du bois de chêne… sans doute le chêne des milliers de tonneaux des entrepôts de vin de Porto.
Je gagne une terrasse où se trouve une caserne militaire et, à l’ombre d’une curieuse église circulaire, j'embrasse l'horizon au long de la vallée du Douro. Le dénivelé entre le fleuve est la ville haute de Porto est très impressionnant vu de ce point privilégié d’observation et l’on apprécie la puissance de ce socle granitique sur lequel se fonde la cité. Certains quartiers s’accrochent aux pentes raides tandis que d’autres se blottissent au creux de collines : Porto est, comme bien d’autres lieux, la « ville aux sept collines ».

Je regarde passer le métro sur le tablier supérieur du pont métallique Don Luis I puis vais m’installer non loin de là, dans un petit parc en style « rocaille », avec bancs et balustrades en béton imitant le bois, pour écrire une partie de mes impressions du moment ; je suis assis sur un petit belvédère surplombant une fausse grotte. J’écoute le bruit des trains, des voitures de police ou de secours... l’écho de ces véhicules est démultiplié par les diverses collines, falaises, ... très impressionnant.

Je traverse à pied le pont métallique par le tablier supérieur ; les sensations sont impressionnantes ; la hauteur est vertigineuse, le vent est assez fort. Ce pont paraît immense quand on l'emprunte. Arrivé au dessus de Porto, je découvre un vieux quartier sordide au pied du pont. Je regarde bien, me disant qu’il doit être abandonné… mais non, il y a du monde, des fenêtres ouvertes, des bruits, de la musique… c’est horrible de voir de tels taudis aux apparences de bidonvilles, avec des toits et des murs parfois faits de tôles ondulées et de petits jardins transformés en dépotoirs.
La beauté n'y est toute fois pas absente : spectacle insolite, des pigeons se rafraîchissent sous l’eau qui s’échappe d’une fontaine ; cela me rappelle la fameuse mosaïque gréco-romaine des colombes posées sur la vasque remplie d’eau, type esthétique dérivé d’une œuvre de Sosos de Pergame.

Je monte voir la cathédrale ; elle est fermée. C’est une petite cathédrale, assez sobre d’extérieur, surtout pour la deuxième ville du Portugal. Je m’engage ensuite dans les rues du quartier, des rues aux habitations modestes… c’est joli à voir… le linge pend souvent aux fenêtres… il y a des azulejos de diverses couleurs un peu partout… on est presque « dans » les maisons, tellement les rues sont étroites… on a le sentiment de partager un peu de l’intimité des gens qui vivent sur place, entendant leurs conversations, écoutant la même musique qu’eux, … Néanmoins c’est surtout la pauvreté des lieux qui fait en l’occurrence leur beauté et ce constat me laisse un goût quelque peu amer car ce qui me semble beau et authentique est peut être ressenti comme banal et repoussant par certains habitants du quartier.

Par la suite, j’explore d’autres rues des quartiers bas de la ville, le long du Douro. Je croise pas mal d’églises dont certaines ont des azulejos sur leurs murs ; mais, comme pour beaucoup d’autres bâtiments, l’impression qui domine est la saleté et le manque d’entretien. Ce secteur est un patrimoine mondial de l’humanité… en ruine ! A certains endroits, il ne reste plus des maisons que les façades côté rue. Puis je remonte des escaliers ou des rues pentues jusqu’à parvenir à un parc où je m’arrête pour écrire une part de ces impressions. Je repasse par la gare de São Bento pour la prendre en photo… toujours ma fascination pour l’architecture métallique, doublée ici de l’intérêt de la présence de grandes fresques d’azulejos représentant des scènes historiques ou de vie quotidienne portugaise.

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Retour en France... La lenteur du transport permet au moins de profiter de la montagne de l’arrière-pays. portugais Le paysage est décidément très beau. Je songe alors à cette phrase fort juste du Guide du routard sur le Portugal : « en avion on se déplace, en bus on voyage ». C’est ce que je ressens, ce qui fait que je parviens à ne pas regretter ce choix pour voyager.

Le guide dit aussi « en bus, la destination finale est vraiment attendue ; en avion, elle vous tombe sur la figure sans crier gare, sans qu’on y soit préparé psychologiquement ». C’est vrai, du moins pour le voyage aller. Au retour, la lenteur fait que l’on se détache difficilement du lieu auquel on doit renoncer. C'est comme un poignard qui n'en finirait pas de s'enfoncer dans un cœur affaibli ou encore un poison qui se diffuserait longtemps dans l'organisme.
Je ressens la contradiction : le regret de ce qui est achevé parallèlement à l’impression plaisante de retrouver un cadre parfaitement maîtrisé, avec des repères solides. Ces deux sentiments s’affrontent en moi pendant quelques minutes et puis je finis par me résoudre à accepter la réalité... le retour à la banalité du quotidien.