dimanche 27 février 2011

La fièvre de toi

Las, mon âme enfiévrée déjà ne sait plus où tu es ;
Elle erre, muette, en quête d'un savoureux bouquet
Qui, dans ton cœur séduisant, tes yeux et ta bouche,
Renferme du virus de ton amour l'espérée souche...

Mon regard se consume, te rêvant un peu partout,
Tel un paysage d'hiver parsemé d'austères cailloux
Qui illumineraient ton doux visage de mille facettes.
Ô mon bel astre radieux... ô ma sublime comète... !

Et tout cela, Dieu, sans jamais pouvoir m'étreindre,
Retraçant sans cesse la fugitive esquisse à peindre,
L'empreinte de tes doigts qui se joignent aux miens.

Désireux de recevoir le secours de tes bras anciens,
Je soupire, vibrant d'un frisson sans limite aucune :
Succomber avec toi un jour proche au flot des dunes.

lundi 14 février 2011

Pétition pour sauver le site de Carthage

Le site de Carthage est en danger !

Depuis plusieurs années plusieurs secteurs archéologiques protégés de Carthage ont été endommagés par des projets immobiliers montés essentiellement pour le profit personnel de la famille de l'ex-président Ben Ali. Ces opérations foncières ont été réalisées au mépris des lois tunisiennes, celles-ci ayant été piétinées au gré de la nécessité de satisfaire des intérêts particuliers.

La violation des secteurs protégés de Carthage a par ailleurs constitué une entorse par rapport aux engagements pris par la Tunisie à l'égard de la communauté internationale, l'UNESCO ayant attribué le statut de Patrimoine mondial de l'humanité à Carthage en échange de la protection effective du site. On pourra d'ailleurs s'étonner de la relative passivité de l'UNESCO qui aurait pu déclasser symboliquement Carthage pour obliger les autorités tunisiennes à cesser ces atteintes au patrimoine protégé.

Au delà du site même de Carthage, on peut s'inquiéter également de captations intervenues dans le domaine des biens mobiliers ; des antiquités ont été retrouvées dans certaines demeures privées et il est à craindre qu'une forme de trafic se soit développé, soit par le biais d'acquisitions d'objets de fouilles clandestines soit par des vols commis dans les musées et réserves archéologiques à la suite de pressions exercés sur des fonctionnaires.

Il conviendrait aussi de s'interroger sur d'éventuelles atteintes de mêmes natures portées sur d'autres sites ou musées tunisiens.

Un appel est en tout cas lancé pour sauver le site de Carthage ; c'est une bonne façon de sensibiliser l'opinion publique aux problématiques de la protection du patrimoine - un bien commun fragile - contre les appétits personnels. Il est temps de faire entendre la voix du respect. Vous pouvez prendre connaissance du texte de la pétition et la signer ici.

J'en profite pour renvoyer à mon précédent texte qui évoquait déjà la question des menaces qui pèsent sur le patrimoine culturel tunisien.

dimanche 6 février 2011

Le gardien du site archéologique de Zaghouan licencié... et autres pensées archéologiques et historiques

Le gardien du site archéologique de Zaghouan (cf. ci-dessous) a été récemment licencié... Il montait la garde, l'air sage, impressionnant son monde, toujours dans cette démarche construite du "gardien du temps" - ici le temps passé - et de "phare des consciences", preuve supplémentaire de la vanité de l'humain, poussière éphémère qui se voudrait inaltérable et omnipotente.


L'Archéologie et l'Histoire plus généralement n'ont jamais fait très bon ménage avec la politique... Même si cela a pu donner des résultats tels que la sublime Énéide de Virgile, manifeste poético-politique à la gloire de la monarchie augustéenne, ou encore la superbe Sultanamet Camii, dite La Mosquée bleue, dont la construction à Istanbul, au début du XVIIe siècle, était destinée à altérer la gloire de sa voisine byzantine Sainte-Sophie, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là d'exemples parmi tant d'autres de l'intrusion du politique dans le processus d'élaboration de la science historique, avec la volonté de présenter le passé sous un jour nouveau qui serait en accord avec des idéaux présents.

La Tunisie du quart de siècle écoulé n'aura pas échappé à cette loi désagréable. C'est ainsi que la mosquée Ben Ali s'est efforcée de couvrir de son ombre les clochers de la défunte cathédrale de Carthage, pourtant privée depuis des décennies de sa vocation première. Ajoutons que cette mosquée a été construite sur une zone archéologique protégée, en plein cœur de Carthage, sans fouilles archéologiques préalables ; le symbole politique contemporain a dans ce cas foulé au pied l'histoire des lieux. On a échappé pour l'heure au projet de statue d'Hannibal ; celle-ci aurait peut-être eu le visage de l'ex-président, tout comme la statue de Vercingétorix à Alésia avait reçu le visage de l'empereur des Français Napoléon III, au XIXe siècle.

Dans un autre domaine, le pouvoir tunisien s'est efforcé de domestiquer l'Histoire et ses acteurs. C'est ainsi notamment qu'a été créée une chaire d'histoire, la
"chaire Ben Ali pour le dialogue des civilisations et des religions", sorte de vitrine prestigieuse destinée à faire oublier, parmi tant d'autres moyens, la nature liberticide du régime alors en place en matière de culture. Il est pénible de songer que des collègues historiens puissent s'être laissés entraîner dans cet asservissement volontaire inspiré par la sphère politique. L'historien doit être un homme libre ; à défaut, il perd une part conséquente de sa crédibilité. Le seul but louable de l'historien doit être de tendre vers une forme d'objectivité, idéal délicat qui ne peut donc souffrir de franches connivences idéologiques.

Il n'est pas plus heureux de songer aux flatteurs qui ont voulu se placer constamment sous les auspices de l'ex-président, célébrant sa supposée bienveillance universelle. Ces viles caresses ont été se glisser jusque dans les premières pages des livres les plus sérieux qui lui étaient dédiés, vantant son intérêt constant pour tout et n'importe quoi, par exemple les mosaïques romaines de Tunisie qu'il aurait quasiment sauvées de ses propres mains à en croire les flagorneries des adeptes de l'encensoir. Pendant ce temps la famille régnante causait de multiples atteintes - ou tentait de le faire - au patrimoine culturel à Carthage ou ailleurs... comme à Zembra, par exemple, havre de paix menacé dans le domaine proche du patrimoine naturel.

Il est temps que chacun reprenne sa place... et pourtant c'est un historien qui est devenu récemment ministre de la Culture, incarnant à lui seul une trilogie "Politique-Histoire-Diplomatie" qui n'est pas encore définitivement enterrée. Elle ne le sera de toute façon pas plus là qu'ailleurs. les honneurs reçus ou espérés faisant perdre régulièrement toute contenance aux esprits les plus modérés. Que dire spécifiquement du nouveau ministre de la Culture ? C'est un homme public et politique : on ne fait pas une carrière dans les institutions internationales sans l'appui du pouvoir, ni sans goût personnel pour le pouvoir. C'est un technocrate de la culture, son action s'étant déroulée dans des instances décisionnelles plus qu'à travers un échange avec le grand public. De même ses travaux universitaires n'ont jamais dépassé le cadre d'une certaine élite scientifique ; il n'est donc pas tellement là par une sorte de légitimité fondée sur un rapport intime à ce qui est populaire.

Il apparaît plutôt comme un administrateur chargé d'expédier des affaires courantes sans doute peu florissantes en ces temps immédiats où la culture ne représente pas une priorité absolue pour un État atteint dans ses fondements politiques. Le fait qu'il soit historien pourrait au moins l'inviter à réformer le fonctionnement de la recherche historique en Tunisie notamment en abolissant le système des coteries qui oppose régulièrement les universités à l'Institut national du patrimoine (INP) ou encore en remisant le système des principautés archéologiques qui fait de chaque site ou musée la quasi-propriété intellectuelle du fonctionnaire chargé d'en assurer la sauvegarde. Le ministre lui-même s'est ainsi constitué une réserve scientifique inaccessible à ses collègues sans son accord et - plus contestable encore - son contrôle. Ce système est malheureusement assez répandu pour l'heure en Tunisie. Alors que s'ouvre une nouvelle ère où chacun se doit d'être plus solidaire et de ne pas accaparer le bien commun, l'exemple doit venir du sommet !

Je terminerai en rappelant la nécessité de sauvegarder le patrimoine tunisien en ces heures difficiles où certains se croient autorisés à prélever une part de l'héritage commun pour leur intérêt personnel. Le pillage archéologique est un grand classique des périodes d'instabilité politique de même qu'il est un élément inévitable des régimes corrompus. Chacun doit donc être vigilant.