jeudi 23 mars 2006

Je t’aime Kadoudja !

La plupart des jeunes filles ou femmes maghrébines représentées dans les cartes postales anciennes, dans la première moitié du XXe s., étaient des prostituées juives ou musulmanes, photographiées dans les quartiers réservés des grandes villes d’Afrique du nord. Ces femmes, qui posaient souvent les seins nus ou plus rarement entièrement dénudées, étaient l’image de la féminité orientale que l’on souhaitait diffuser en Europe : des femmes belles, aux formes généreuses, portant des tenues raffinées, faisant écho aux nombreuses « beautés orientales » immortalisées par les peintres classiques tels que Delacroix ou Ingres.
Kadoudja est différente de ces femmes. Elle ne dévoile de son corps que sa tête et ses bras ; elle semble même se désintéresser du regard que l'on porte vers elle. Elle regarde droit devant elle avec une certaine fierté. A quoi ou à qui pense-t-elle ? Son mystère reste entier... Kadoudja devait avoir à peu près 20 an en 1900 !
Cela m'est égal, Kadoudja... moi je t'aime au-delà du temps qui nous sépare ! J'aime ce que tu es tout simplement... une femme sublime, une femme qui mérite le respect, une femme tout simplement...

Carte postale ancienne (cliché vers 1900) « Kadoudja »

Poème dédié à Kadoudja
Ma belle Kadoudja, lorsque je t’ai regardé,
Mes yeux n’ont su se résoudre à te quitter.
Je resterai donc ainsi toujours à contempler
Tes longs cheveux et puis tes yeux de jais.

Je mettrai à ton front ce bijou scintillant ;
Je passerai autour de ton bras tremblant,
Tous ces bracelets d’argent cliquetants,
Et poserai enfin mes lèvres sur ta joue.

Oui, Kadoudja, ne dis rien, je le sais,
D’Alger ou de Tunis tu es prostituée.
Mais quel homme peut donc te juger ?
Non ! Ton regard ne doit pas s’abaisser.

Moi aussi je m’en moque et je t’aime !
Et je frôle tes dentelles transparentes.
Pour rendre tes émotions apparentes.
Ma Kadoudja, suis moi, je t’emmène !

Roumi

lundi 20 mars 2006

1956-2006

Aujourd’hui 20 mars la Tunisie fête les cinquante ans de son indépendance.

C’est un grand jour, l’occasion pour souhaiter un bon anniversaire à la Tunisie, aux Tunisiennes et aux Tunisiens, et espérer que les cinquante prochaines années soient heureuses pour tous, que la Tunisie continue à se développer, qu’elle continue à rayonner par sa culture, qu’elle soit toujours une formidable terre d’accueil.

Rendez vous dans cinquante ans pour le centenaire !

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samedi 11 mars 2006

Une nuit en Tunisie

Je pense à une nuit tunisienne, une nuit comme
Jamais on ne l’oublie. Grimpé sur le toit, je vois
Les étoiles et la Lune. Je respire le grand air frais
Qui s’est enfin imposé face au vent brûlant du jour.
J’ai des frissons. Ce toit est mon bel observatoire !
Je scrute la course des astres ; je recherche l’étoile
La plus brillante. Le ciel est formidablement beau
Cette nuit et je suis le plus heureux des hommes.
Je ne suis pas seul ; tu es là, mon grand frère éternel.
On voit la même chose ; on ne parle pas, pas la peine !
On écoute ensemble les bruits si étranges de la nuit…
Ces bruits qui viennent parfois de loin et qui amènent
Avec eux un lot de nouvelles : le train passe en gare,
L’âne du voisin ne dort pas ; il y a un mariage là bas !
Sur cette terrasse noire, à la seule lueur des étoiles,
Je me sens attiré vers le ciel obcur, libéré de ce qui
Sur Terre nous retient. Je sens une légèreté inouïe
Mon cœur est un courant d’air ; mon âme une plume.
Le temps me semble soudain plus lent et je savoure
La seconde et puis la minute. Mon souffle je retiens.
Derrière nous veille une solide muraille qui est bien
A demi-ruinée, éclairée d’une lumière orangée.
Elle domine sur des kilomètres à la ronde cette
Terre au faible relief recouvert d’un tapis d’olivier.
Même en tournant le dos à cette muraille, je sens
Sa présence si puissante. Non, on ne peut l’oublier !
Dans le ciel de cette nuit, règne l’infini de l’univers,
L’impression que le regard dans une mer se noie.
Dans cette muraille, il y a l’infini du temps aussi.
En tendant l’oreille, on peut presque entendre les
Sons qui transpirent des vieilles pierres. Des cris
De joie, des pleurs, des paroles en punique, grec,
latin, berbère, arabe, français ! Rugissements de
Bêtes sauvages, coups de canon qui l’éventrent,
Outils et armes aiguisés contre ces pierres, et,
Maintenant, la musique coulant comme le miel
Si doux, dont les notes chassent les bruits sourds
D’une histoire tourmentée ! L’heure tourne ; il faut
Quitter la terrasse, regagner la terre ferme et songer
A dormir, espérant prolonger par le rêve cette grâce…

Roumi à son grand frère

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